Psychologie

Littérature

Les éléments de bibliographie ci-dessous, présentés par ordre alphabétique d'auteur, sont peu à peu enrichis (dernière mise à jour : 3 décembre 2009). Ils n'ont pas de lien particulier avec la psychologie. Ou alors, ils sont comme certaines musique, l'écho de nos mondes intérieurs ?... Drôles, sombres, prodigieusement lyriques, ou si simples... Vous pouvez faire part de vos propres lectures dans la partie "forum" de ce site.

Metin ARDITI , «La pension Marguerite», Actes Sud, collection Babel, 2006.
Surtout, n’allez pas chercher dans quelque moteur de recherche un résumé ou une présentation de ce livre contesté. Entrez plutôt dans cet univers tout autant musical que nous renvoyant à moultes éléments rencontrés au cours d’une psychanalyse. Enigme de la naissance, de l’origine ; co-présence de l'amour, de la honte, de la culpabilité ; symptômes et blocages (l’obsession de cette fente dans le violon d’Aldo Neri, protagoniste principal ; sensation d’un bruit parasite lorsqu’il joue le do) ; positions incestuelles tant d’un parent que de l’enfant, inconscient « choix » du compagnon de vie, non dénué de lien avec le temps de l'enfance ; bisexualité latente ou avérée chez la plupart d’entre nous ; mère réelle, mère fantasmée, mère de substitution, femme-mère ; renaissance tardive du violoniste Aldo, au fur et à mesure qu’il lit le journal tenu par sa mère durant sa psychanalyse. Peu de pages, nombreuses émotions.

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Metin ARDITI , «Victoria-Hall», Actes Sud, collection Babel, 2004 puis «L'imprévisible».
Genève, Prague, Trieste, présent et traces du passé. La découverte du manuscrit d'une lettre de Franz Kafka est le prétexte à la rencontre entre un banquier suisse corseté par une stricte éducation paternelle, et une jeune et future cantatrice. Ici encore, comme dans "La pension Marguerite", les pages de ce roman sont ponctuées de musique classique, ici lyrique. Je me suis laissé prendre au charme simple de ces pages, où plaisir et désir ont tant de mal à se dénuder. Le roman qui fait suite à "Victoria-Hall" est "L'imprévisible", que je viens de finir avec le même plaisir : la femme du banquier, sa vie dorénavant à venir, à part entière.

Paul AUSTER, «M. Vertigo», Paris, Actes Sud, collection Babel, 1995.
Roman qui lorsque je le lus, me parut tant métaphorique d'une possible relation père-fils qu'agréablement dénué de prétention. Sorte de conte initiatique pour "grand". Je ne sais pourquoi tant de critiques l'éreintent. En voici la "quatrième de couverture", piquée sur le site d'Amazon.fr : " J'avais douze ans la première fois que j'ai marché sur l'eau. L'homme aux habits noirs m'avait appris à le faire, et je ne prétendrai pas avoir pigé ce truc du jour au lendemain. Quand maître Yehudi m'avait découvert, petit orphelin mendiant dans les rues de Saint Louis, je n'avais que neuf ans, et avant de me laisser m'exhiber en public, il avait travaillé avec moi sans relâche pendant trois ans. C'était en 1927, l'année de Babe Ruth et de Charles Lindbergh, l'année même où la nuit a commencé à envahir le monde pour toujours. J'ai continué jusqu'à la veille de la Grande Crise, et ce que j'ai accompli est plus grand que tout ce dont auraient pu rêver ces deux cracks. J'ai fait ce qu'aucun Américain n'avait fait avant moi, ce que personne n'a fait depuis".

Anouar BENMALEK, «L'Enfant du peuple ancien ». Pauvert, 2000 (ou dans la collection Le Livre de Poche).
Au début des années 1870, Kader l'algérien, fait partie de ces hommes qui tenteront en vain de combattre la colonisation de leur pays par la France. A Paris, la jeune Lislei se fait arrêter durant la sanglante Commune de Paris. Tridarir l'enfant, est le seul Aborigène encore vivant en Tasmanie. Il cherche ses parents morts et ses ancêtres dans les rêves de son peuple assassiné. Les deux jeunes adultes et l'enfant vont se trouver réunis. Ce livre est plus que leur histoire : un grand moment d'humanité, une écriture dépouillée, l'omniprésence de l'amour et de la mort intriqués.

Anouar BENMALEK, «Le rapt», Paris, Fayard, 2009. (nouveau : 17 novembre 2009)
La vie des algériens aujourd’hui, un regard sur le pays et sa guerre de libération, avec tortures de part et d’autre, massacres et terreur. Cinquante ans plus tard, dans l’Alger actuelle, la toute jeune fille d’un couple algérois est enlevée.
Commence la plongée dans l’horreur du souvenir des spoliés et des oubliés, les affres du passé toujours agissants dans l’esprit du ravisseur qui va se livrer à un insupportable chantage révélateur des amours, des haines et du courage de certains. Impossible d’en dire plus sur ce thriller sans en dévoiler le développement, sinon : à lire absolument.

Stefano BENNI, «Saltatempo». Acte Sud, 2003.
L'Italie à partir des années 50. La montée de notre soi-disant modernité, vue de la campagne italienne et au travers des yeux d'un jeune homme dont on suit l'évolution. Mais ce qui caractérise Benni, est ce mélange de réalisme, de poésie, de sens politique. Un talent d'écrivain rare, sans doute servi en France par une traduction qui se laisse oublier.

Stefano BENNI, «Achille au pied léger». Acte Sud, 2005.
L'Italie d'aujourd'hui, où Silvio Berlusconi n'est jamais appelé que Le Duce (en référence au Mussolini des années facistes). Un jeune auteur en mal d'écriture rencontre Achille, jeune homme si différent d'Ulysse, héros du roman. Pas seulement une grande histoire d'amitié, et rien de mièvre dans ce travail sur la différence. Même poésie que dans le précédent roman, même humour tendrement déjanté. Même profondeur du regard sur l'être humain.

Tonino BENACQUISTA , «Quelqu'un d'autre». Paris, Gallimard, collection Folio, 2002.
Deux hommes, que le hasard fait se rencontrer le temps d'une partie de tennis, seront-ils trois ans plus tard au rendez-vous qu'ils se fixent ? Entretemps, chacun va-t-il changer sa vie, devenir un autre soi-même (le véritable soi-même) et se départir d'une façon d'être actuelle, qui pèse à chacun ? La vie qu'ils se rêvent, est-ce pour chacun sa "vraie vie" ? Au prix de quels abandons, de quelles renonciations, de quels risques, de quels choix ? Et pour quels gains changer : pour enfin avoir le sentiment d'exister ? Perte d'une partie de soi, découverte de soi. Un roman distrayant.

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T. C. BOYLE, «America», Grasset, Le livre de poche, 1997.
Roman où l’on peut se retrouver dans nombre de ses personnages, et dont aucun n’est caricaturé. Certes il se déroule aux USA, non loin de la frontière mexicaine, mais ses protagonistes « bobo » (bourgeois-bohèmes) et ceux plus que miséreux sont universels. Extrait de la quatrième de couverture :
« América est la passionnante et très émouvante histoire de ces hommes et de ces femmes aux visages sombres, aux dos solides, qui risquent tout pour traverser la frontière mexicaine et investir le rêve américain. Deux d'entre eux, Càndido et América Rincón, sont venus en Caroline du Sud et habitent dans un fragile abri au fond d'un ravin, où ils luttent pour ne pas mourir de faim.
Tout en haut du canyon, la très correcte famille de Delaney mène une existence paisible.
Il est journaliste, elle est dans l'immobilier et ils ont choisi de vivre dans un lotissement protégé mais ouvert sur une nature restée à l'état sauvage loin du centre ville de Los Angeles, de ses immigrés et de sa délinquance. Quand l'accident arrive – Delaney manque d'écraser Càndido sur la route du canyon – leurs deux mondes se croisent. Une tragi-comédie se met en place où erreurs, drames et malentendus s'accumulent. Et la paranoïa gagne le lotissement (…) »
.

T. C. BOYLE, «Au bout du monde», Grasset, Le livre de poche, 1991.
Ce magnifique et âpre roman se déroule sur les berges de l'Hudson, tandis que les hollandais colonisent les terres indiennes de l'est des Etats-Unis (les terres de la future New-York). S'y mêlent, le destin d'indiens au XVIIème siècle, puis de métis indiens au XXème ; la violence d'un capitalisme d'abord terrien, exporté de l'Europe vers le Nouveau Monde, l'assujettissement de fermiers aux nouveaux propriétaires des lieux, l'écrasement des tribus indiennes spoliées de leur terre, de leur santé avec l'importation de maladies nouvelles. Les protagonistes du XXème siècle "héritent" de leur passé et ce qu'on croyait tombé dans l'oubli fait systématiquement retour. Abandons, pertes, corps marqués, trahisons et réminiscences.

T. C. BOYLE, «D'amour et d'eau fraîche», Grasset, Le livre de poche, 2003.
Fin des années 60, d'abord sous le soleil de Californie, les "vagueux" - rendus "vagues" par LSD, marijuana et alcool - d'une vingtaine d'année forment une communauté d'une quarantaine de personnes où chacun est frère ou soeur de l'autre, se partageant jusqu'aux morpions. Les liens "dogmeux" qui les unissent commencent à se déliter avant même qu'il ne leur faille émigrer sous un autre soleil, celui si rare et si précieux de l'Alaska. Dans l'Arctique, les pensions de chômage et autres aides de l'état ne suffisent ou ne parviennent pas. Par 40° en dessous de zéro neuf mois par an, les vagueux de "Marginocity" rencontrent ces hommes et femmes se coltinant à chaque instant aux dangers d'une terre des plus sauvages, où l'entraide n'est pas "hip" ou "hippie", mais indispensable. Encore un magnifique et enseignant T. C. Boyle, tandis que je commence une autre de ses radiographies de l'Amérique, son roman "Le cercle des initiés", autour du Rapport Kinsey sur la sexualité des années 50.

Catherine CLEMENT, «Mémoire», Paris, Seuil, 2009.
Voir ICI. (nouveau : 27 juin 2009)

J.-M. COETZEE, «Au coeur de ce pays», Paris, Le serpent à plumes, collection Motifs n°74, 1999. (nouveau : 03 avril 2009)
Magnifiquement traduit de l'anglais, un huis clos sud-africain, incestuel et fou, au coeur de terres torrides et isolées. C'est Magda, fille du maître de la propriété, qui est la narratrice. Une descente aux enfers, enfer préexistant à la folie qui, peu à peu, se déploie. Rude et beau roman dont les voix ça et là peuplent le désert.

Franck CONROY, «Corps et âmes (L'enfant prodige)», Paris, Gallimard, 1996 (paru depuis dans la collection Folio).
Durant la seconde partie du XXème siècle, passées les années 40 à New-York, un gamin américain pianote mécaniquement sur un vieux piano de seulement 70 touches, tandis que sa mère, abîmée par l'existence, conduit un taxi. Enfance et adolescence d'un futur célèbre virtuose. Histoire de vies, sur fond de jazz et de musique classique. Un délice pour littéraires et mélomanes, un grand roman.

Jean-Paul DUBOIS , «Une Vie française ». Editions de l'Olivier - Le Seuil, 2004.
Un livre Prix Femina et Prix du roman Fnac 2004. Pour moi, un agréable roman qui se laisse lire. La vie politique, la vie tout court, y sont moins présents que dans les premiers spectacles de Philippe Caubère. Un livre non seulement bien écrit, mais dont je m'irritai durant sa lecture que le "bien-rédigé" se voit tant. Il commence dans la légèreté d'une promenade, après un décès dès lapremière page, puis les drâmes s'y succèdent durant son dernier tiers, jusqu'à la fin. Tellement moins palpitant, par exemple, qu'un roman d'Isaac Bashevis SINGER. Bon roman, donc, qui stigmatise notre "modernisme", celui-là même qui couronne de deux prix un roman simplement très convenable.

Marguerite DURAS , «Le marin de Gibraltar ; Les petits chevaux de Tarquinia ; Le ravissement de Lol V. Stein ». Folio Gallimard.
Trois romans phénoménaux, même si la fin du Marin me parut traîner en longueur. Prose d'une drue et profonde poésie, par une Duras d'avant la "durasmania".

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Jean ECHENOZ, «Les grandes blondes», Paris, Editions de Minuit, 1995.
Roman plein de poésie un tantinet saugrenue. Livre singulier, à part, dans un style unique parfaitement maîtrisé, dont le lecteur est mis en position de complice des effets de style de l'auteur, sans pour autant avoir le sentiment d'être raccolé. Livre pour sourire de nos petits et grands tourments, qui voit parfois "les grandes blondes" désireuses de se tenir à l'écart du monde, précipiter dans le vide les importuns.

Alaa EL ASWANY, «Chicago», Paris, Actes Sud, 2007.
Je ne sais pourquoi le titre "Chicago", hormis le fait de nommer le lieu (une faculté de médecine, département histologie, qui a peut-être à voir, de loin, avec le métier de l'auteur : dentiste) où se déroulent les échanges entre quelques américains et surtout, égyptiens de exil de fraîche ou longue date, musulmans ou musulmanes pour les uns, coptes pour les autres et quelque noire américaine, aux prises avec croyance, doutes, rejets, intégration, amours... et services secrets de la dictature égyptienne. Un dithyrambe a été fait de ce livre par ceux qui le vendent, livre qui est un bon roman, intéressant, ni plus selon moi, ni moins. Un genre de David Lodge, auquel s'ajoutent les questions de l'auteur concernant sa patrie.

Alaa EL ASWANY, «L'immeuble Yacoubian», Paris, Babel, Actes Sud, 2004.
Bel et sombre roman où au prétexte d’un immeuble et de ses successifs habitant, l’auteur dépeint principalement, dans l’Egypte d’Abdel Nasser, une certaine sociologie de ce pays dans les années 70. L’homosexualité, la pauvreté, la vieillesse, les désirs, la montée d’un islam radical et violent, face à un tout puissant et corrompu Etat.

John FANTE, « Le vin de la jeunesse ». Paris, Bourgois, 10-18, 1986.
La jeunesse du futur auteur de Mon chien Stupide. Même si Télérama a aimé, même si la lecture des premiers quatre cinquièmes du livre suffisent, un très beau récit de la tribu Ritalix.

John FANTE, « Mon chien Stupide » (et les autres romans de Fante). Paris, Bourgois, Collection 10-18, 1986.
Henry est un père de famille italo-américain, romancier et écrivain en panne d'inspiration. Il se fait adopter par - plus qu'il n'adopte - un énorme chien, homosexuel et... homophile, puis il adoptera une truie en se consolant du départ pourtant attendu de ses quatre enfants. Entre un verre de vin et une épouse au caractère trempé, ce "héros" cinquantenaire nous offre cent sourires et un brin de mélancolie.

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Christian GAILLY, « Nuage rouge ». Paris, Editions de Minuit, 2000.
Un extrait, chap. 10, p. 64 & 66, sauf erreur :
" Perdre son temps, vivre, c'est pareil. Vraiment ? Oui, c'est la même chose, c'est une seule et même chose. Exemple : Quand on s'occupe agréablement, on oublie qu'on perd son temps mais on le perd quand même. Autre exemple : Il nous arrive de penser qu'on gagne du temps mais on le perd quand même. Dernier exemple : Le temps réel qu'on s'imagine saisir en le disant réel n'existe pas, et même s'il existait on le perdrait quand même" [...] "ça n'est qu'après, quand elle est partie après m'avoir dit : Je ne m'ennuie pas mais j'ai à faire, que j'ai pensé que ça avait passé, que ça s'était passé, et aujourd'hui je pense qu'il n'existe qu'un temps, le temps littéraire."
La plupart des romans de Gailly sont magnifiques.

Christian GAILLY , « Les oubliés ». Paris, Editions de Minuit, 2007.
Même si des auteurs comme Walter Mosley (ci-dessous) et Franck Conroy (ci-dessus) n'ont pas mal fait dans le genre, l'on pourrait ici dire : "poignant, écrit et musical comme un Gailly". Encore un bel et court roman dont voici la quatrième de couverture : "Tôt ou tard. Ça nous arrivera. On nous oubliera. En attendant leur tour, les deux journalistes de cette histoire, Schooner et Brighton, se donnent pour tâche de ramener à la lumière certains artistes oubliés. Ils appellent ça des missions. On part en mission, disent-ils. La dernière va leur coûter cher. L’un y trouvera la mort, L’autre, ce sera l’amour."

Romain GARY, « Clair de femme ». Folio Gallimard n° 1367.
La vie de Gary, alias Emile Ajar, est un roman. Quelques phrases extraites de celui-ci : "Aimer est une aventure sans carte et sans compas où seule la prudence égare" ; "C'est une époque où tout le monde gueule de solitude et où personne ne sait qu'il gueule d'amour" ; "... il faut du temps, nous sommes encore un peu étrangers l'un à l'autre, hésitants, incertains, il nous manque des discordes, des différends, des heurts, la découverte de nos travers, défauts et petitesses, toutes ces incompatibilités qui nous permettront de mieux nous sculpter l'un dans l'autre, de bricoler nos rapports, de nous ajuster, d'épouser peu à peu nos formes respectives, et la tendresse vient alors enrichir ce qui manque à l'un par ce qui manque à l'autre...".

Nancy HUSTON , « La virevolte ». Paris, Actes Sud, collection Babel, 1996.
Il y a du "Lol V. Stein" et du "Marin de Gibraltar" de Duras dans ce court livre de Nancy Huston. Femme et mère, la passion de la danse certes, mais tant d'autres choses à découvrir entre les lignes, amènent "l'héroïne" de ce livre à abandonner sa famille, pour s'abandonner à la danse, à elle-même.

Siri HUSTVEDT , «Tout ce que j'aimais», Paris, Actes Sud, collection Babel n° 686, 2003. (nouveau : 27 septembre 2009)
Art, culture, hystéries, psychopathie et amours : beaucoup d’humanité sous la très belle plume de l’auteure, concerto pour une voix et autres portées. Léo en solo, homme jeune puis vieillissant, entouré du peintre Bill, de Matt, Violet, Lucille, Erika, Lazlo, Mark et les autres. L’un des plus profonds romans de vie(s) que j’aie lus en 2009.

Jackie KAY, «Le trompettiste était une femme». Hachette Littératures, 2001. (nouveau : 15 juillet 2009)
Tout n’est pas dit dans le titre qui sonne comme celui d’un noir polar. Ce livre est une histoire d’amours, de deuils et de remémoration lorsqu’après le décès de Joss Moody, trompettiste de jazz mondialement célèbre dans cette fiction, son fils adoptif et le reste du monde apprennent que ce musicien cachait être physiquement une femme. Mais qu’est-ce qu’être une femme ? Qu’est-ce qu’être un homme ? N’est-ce que question d’organes ? Et comment pour ce fils, faire avec cette découverte post mortem, d’un papa qui fut une femme ? Mais quels liens unissent-ils fils et pères, fils et mères ?
Sur fond lointain de boueux déchainement médiatique, l’épouse du jazzman qui seule partagea ce secret se rappelle leurs quarante années de mariage en attendant leur fils.

Yasmina KHADRA , «L'attentat». Paris, Julliard, 2005.
L'amour dans ce livre, fait vite place à la rage du narrateur, la colère déversée et rentrée, parfois la haine et le dépit de soi. D'origine arabe et de culture musulmane, Amine, dont les amis sont juifs et israéliens, est à Tel Aviv un grand chirurgien qui s'est battu pour son intégration en Israël et sa réussite professionnelle. Le bonheur lié à cette réussite et à son amour pour son épouse ne tient que durant quelques pages. Il laisse place à la réflexion sur la guerre kamikaze des palestiniens pour leur dignité face au pouvoir israélien. Tout juif de Palestine est un peu arabe et aucun Arabe d'Israël ne peut prétendre ne pas être un peu juif, dit l'un des protagonistes. Quelques dizaines d'années de pseudo-tranquillité pour les juifs en Israël coûteront-elles aux Arabes plusieurs centaines de milliers des leurs ?
On peut tout te prendre ; tes biens, tes plus belles années, l'ensemble de tes joies, et l'ensemble de tes mérites, jusqu'à ta dernière chemise - il te restera toujours tes rêves pour réinventer le monde que l'on t'a confisqué.

Andreï KOURKOV, «Le Pingouin». Points Seuil, 2000.
Un ukrainien vit avec un pingouin sauvé du zoo. Pingouin au coeur fragile, dont le maître écrit des nécrologies avant que ne décèdent systématiquement ceux qu'elles louent... Athmosphère brumeuse, grand talent d'écrivain, doux-amer, doté de cette légèreté grave à la Erik Satie, dans une Europe de l'Est inquiétante et loufoque.

Tom KROMER , «Les vagabonds de la faim». Paris, Christian Bourgois Editeur, collection Points (n° P1205), 2000.
En 1934, un stiff, c’est en argot américain – en slang – un vagabond. Un SDF, dit-on aujourd'hui "pudiquement" à la téloche, au "PS", à l' "UMP", etc..
Et un dur, c’est un train. Un train de marchandise. Un stiff « cloue un dur » lorsqu’il parvient à attraper un train en marche sans se faire déchiqueter – moment de sa vie où il souffrirait finalement le moins – pour ensuite passer de longues heures glaciales dans un wagon vide qui le mènera de la misère ici, à la misère là-bas. L’auteur a vécu durant des années cette vie de vagabond aux Etats-Unis. Le personnage sans domicile de son roman, c’est donc un peu lui.
Récit d’une misère chassée de ville en ville par les cognes (la police) haineux, sous le regard indifférent des gens ayant quelque travail. Une écriture aussi dépouillée qu'ordures et rats pullulent dans ce sombre, sobre et révoltant récit, aussi dénué de possible happy-end que de lyrique pathos. Si l'on osait dire au vu d'un pareil sujet : magnifique.

Hanif KUREISHI, « Quelque chose à te dire », Paris, Christian Bourgois éditeur, 2008.
Londres en 2005. Le narrateur est Jamal, psychanalyste cinquantenaire anglo-pakistanais qui parle au présent de ses amis, de ses amours, de politique internationale, de la bigarrée société londonienne et de ses jeunes années, lesquelles recèlent un lourd secret qui le hante et ne tarde pas, tel retour du refoulé, à se refaire jour. Passionnant, drôle, parfois tragique et coloré roman dont on regrette à la fin, qui ne compte que 569 pages.
Extraits, page 176 : "Je songeai qu'avec une putain, on paye pour avoir le droit de ne rien dire - ne pas avoir à donner à une femme ce que l'on a de plus précieux, nos mots." Puis page 410 : "Je lui dis que j'avais envie de libérer l'analyse du jargon technique et du "scientisme" dominants (typique des analystes qui écrivent pour leurs pairs ou pour les étudiants)".

Gilles LEROY , « Alabama song ». Paris, Mercure de France, 2007.
Quelque chose des « Marin de Gibraltar » et « Lol. V. Stein » (doigts gantés, je voudrais dormir, et je dois danser) de Duras, dans le dernier livre de Gilles Leroy. On ne sait jamais quelle épaisseur d’homme, se cache entre les lignes de son roman. « Alabama song » ; l’entrecroisement des personnages principaux passés au second plan, et des seconds rôles mis en avant. Mais bref : il faut découvrir Gilles Leroy et son dernier écrit publié, qui de l'intérieur, nous raconte Zelda, épouse de l'écrivain Francis Scott Fitzgerald ("Tendre est la nuit", "Gatsby le magnifique"). Ajout de novembre 2007 : bravo à mon ami Gilles qui vient d'obtenir le Prix Goncourt pour "Alabama song".

Gregory MACDONALD, «Rafael, derniers jours », 10/18 Domaine étranger, 1996 .
Un condensé de misère et d'humanité. Considéré par autres habitants de cette bourgade américaine, voire par lui-même comme un déchet, Rafael cherche de quoi nourrir sa famille et étancher sa propre soif. Acceptera-t-il, contre la promesse d'un chèque, de mourir des tortures qui lui seront infligées pour les besoins d'un film? Un autre Voyage au bout de l'enfer ; certes un très "beau" livre, mais qui peut profondément ébranler le lecteur.

Gérard MORDILLAT , «Les Vivants et les Morts». Paris, Calmann-Lévy, collection Le livre de poche (n° 30497), 2004.
A l’heure longue et sinistre d’une « logique » économique strictement financière – celle où le seul profit de quelques-uns contraint le plus grand nombre à la misère, et à cette époque durable où la plupart des gens qui font la politique ne font plus que de la démagogue et personnelle politique, les 800 pages de ce roman, découpé par plans d’une à quelques pages, au style plus journalistique que littéraire mais qu'importe ; un livre captivant.
C'est l’histoire contemporaine d’une entreprise, de familles, d’une ville et d’une cinquantaine de leurs acteurs. Dégâts psychologiques, sociaux et économiques, amitiés, amours, combats ouvriers, dénonciation si actuelle d’une société – la nôtre – qui n’aurait plus d’humain que ses collectifs cyniquement bernés, ses égoïsmes individuels ou de classe, et les élans singuliers de rares espoirs mus par... une énergie du désespoir. Un très grand réalisme qui éclaire si bien l’actualité, notamment celle encore de cette fin 2007.

Walter MOSLEY, «La Musique du diable », Paris, Point-Seuil, 1999.
Livre sombre, lyrique, musical, lumineux. "Soupspoon Wise, vieux bluesman rongé par le cancer est recueilli par sa voisine, une blanche alcoolique qui va se démener pour le soigner, allant jusqu'à en perdre son travail, et presque, la vie. Grâce à elle, le vieux bluesman hanté par ses souvenirs, se remet à jouer et à chanter le blues. Un ouvrage chargé d'émotion et de poésie" (extrait de l'article consacré à Walter Mosley dans l'encyclopédie en ligne Wikipédia).

Arto PAASILINNA, «Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen», Paris, Denoël 2007, Folio n° 4815. (nouveau : 7 novembre 2009)
Extrait de la quatrième de couverture : "Le pasteur Oskari Huuskonen traverse une mauvaise passe. Sa foi vacille, son mariage bat de l'aile, ses prêches hérétiques lui attirent les foudres de l'Eglise. Même la pratique du javelot ascensionnel, sport a priori inoffensif, lui cause des ennuis. Comme si cela ne suffisait pas, il va s'attacher à un ourson orphelin, prénommé Belzéb, offert par ses ouailles. Il lui construit une tanière en prévision de l'hiver, l'y rejoint en compagnie d'une charmante biologiste, s'y adonne à des plaisirs peu platoniques. Il n'en fallait pas moins pour que sa femme et son évêque le congédient... Huuskonen et Belzéb vont partir à l'aventure (...)."
Je n'avais pas encore fait de place ici à cet irremplaçable écrivain. Ce livre que je referme avec regrets m'a tout autant amusé que ses "Le lièvre de Vatanen", "Prisonniers du Paradis", "Petits suicides entre amis", etc. : autant de chefs d'oeuvre d''humour non dénué de poésie en littérature.
Seuls effets secondaires de ces antidépresseurs : rires et sourires à chaque page..

Arto PAASILINNA, «Le Cantique de l'apocalypse joyeuse», Paris, Denoël 2008. (nouveau : 3 décembre 2009)
Des écolos, un évêque, des buveurs de bière. Entre eux et d'autres individus, court l'"Ange volant", jeune folle que l'épuisement seul rassasie. Ou comment, du testament d'un notoire brûleur d'églises communiste, va naître une communauté que rencontrera la troisième guerre mondiale. Un conte moderne, plein d'une singulière vitalité, par un Paasilinna toujours philosophe, rural et drolatique.

Francis PONGE , « L'Atelier contemporain ». Paris, Gallimard, 1977.

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Durant les années 1940, le poète promena son regard sur les ateliers de sculpteurs et de peintres de sa connaissance. Braque, Picasso, etc.
Autour de Giacometti (ci-contre, photographié par Henri Cartier-Bresson), de ses statues et statuettes, il écrit :
"L'homme - et l'homme seul - réduit à un fil - dans le délabrement et la misère du monde - qui se cherche - à partir de rien.
Exténué, mince, étique, nu. Allant sans raison dans la foule.
L'homme en souci de l'homme, en terreur de l'homme. S'affirmant une dernière fois en attitude hiératique d'une suprême élégance. Le pathétique de l'exténuation à l'extrême de l'individu réduit à un fil. L'homme sur son bûcher de contradictions. Non plus même crucifié. Grillé."

Knud ROMER , «Cochon d'allemand». Montréal, Les Allusifs, 2007.
De même que ma famille d'origine italo-nord-africaine et moi nous entendîmes tour à tour traités de "sale juif", de "bougnoul", de "crouille" ou de "melon" depuis les années 60, c'est de "sale boche" ou de "cochon d'allemand" que l'auteur de ce roman autobiographique se fait qualifier durant sa scolarité au Danemark, sa mère étant née allemande d'une famille prussienne. Belle écriture, très beau récit d'où sourdent colère et émotion, tantôt drôle et tantôt amer... Voici ce qu'en disent la Fnac ou encore, le site Rue89.

Philip ROTH, «Portnoy et son complexe». Paris, Gallimard, 1970 - Folio Gallimard n° 470.
Que dire de ce roman lu voici si longtemps ? Un roman juif, américain, drôle, oedipien ; l'hormone bouillonnante à 33 ans comme à 15 pour ce jeune homme dont on connaîtra la mère, la soeur...

Branimir SCEPANOVIC, «La Bouche pleine de terre», L'Age d'Homme, 1975 & 1993.
« Un homme condamné par la maladie désire mettre fin à ses jours. Il choisit comme lieu une vaste forêt près du Montenegro. En chemin, il croise deux campeurs, deux amis chasseurs. La surprise est telle qu'il prend peur et s'enfuit. De là, naît le drame : les deux campeurs interprètent sa fuite comme la preuve d'une faute, qui doit être punie, et ils le prennent en chasse. Dans une course haletante, symbolique et métaphysique, l'auteur fait alterner les points de vue des poursuivants et celui du fugitif ».

Frédéric SCHIFFTER, «Traité du cafard», Bordeaux, Finitude, 2007.
Un livre certes sombre, mais parfois drôle. Extraits de-ci de-là :
Page 75 : « Ma mémoire est atteinte d’incontinence nostalgique ».
Page 75 : « Eduquer, gouverner, soigner ; autant d’activités vouées à l’échec, selon Freud. Toutes trois, en effet, sont des variantes de l’amour ».
Page 29 : « Plus le temps passe, plus j’accuse la fatigue de ma naissance ».
Page 7, l’auteur citant Fernando Pessoa : « S’il venait à penser, le cœur s’arrêterait».
Page 78 : « Le raffinement suprême du donjuanisme consiste à être plus séduisant dans la rupture que dans la rencontre ».
Enfin page 79 : « Quand j’écris, sentiment d’être un imposteur. Quand je n’écris pas, sentiment de me trahir ».

Isaac Bashevis SINGER, «Ennemies». Paris, Stock, 1975.
L'oeuvre romanesque de Singer équivaut pour moi à celle de Dostoievski, et dans d'autres arts, à celles de Mozart, Beethoven, Bach, Wagner, Prokofiev, Rachmaninov, Ferré, Zappa, Bacon, Stael, Schiele. Le "héros" d' Ennemies est toujours juif au lendemain de la seconde guerre mondiale. Sa femme est morte dans les camps de concentration, il a été caché des années par une fermière polonaise non juive, aujourd'hui son épouse. Il a une maîtresse, juive elle aussi. Sa première femme reparaît, rescapée des camps... Un livre ou se mêlent judéité, antisémitisme, amour, haine, singularité, universalité, humour, pathétisme et tragédie, qui légitime à nouveau l'expression : "l'humour, c'est l'élégance du désespoir", expression qui m'évoque l'origine incertaine de l'archétype des "mères juives" (cf. bibliographie psy sur ce site).

William STYRON, «Face aux ténèbres (Chronique d'une folie)». Folio Gallimard n° 2525 (4,70 €).
Où le romancier américain, notamment auteur de “Le Choix de Sophie” dépeint son propre épisode dépressif et sa sortie de celui-ci.

Janos SZEKELY, «L'enfant du Danube», Paris, 10/18, n°3978.
Le livre de mon été 2007. Béla, enfant seul et battant, et mort de froid, avance dans cette Hongrie de l'entre deux-guerres. Cet égoïste et généreux garçon nous ramène à ce que nous fûmes et sommes ; tiraillés entre nos contradictions, désirs, devoirs et espérances, ventre vide de quelque nourriture... Non. Ce que nous raconte Béla de son enfance et de son adolescence, pouvu que nous ne l'ayons pas connu... Comme "Corps et âmes", de Franck Conroy, un "énorme" roman.

Brady UDALL, «Le Destin miraculeux d'Edgar Mint», Paris, 10/18, 2003.
Un des plus formidables romans que j'aie lu. Ce qu'en dit la FNAC : « Edgar Mint est un petit métis de 7 ans qui vit dans une réserve apache de l'Arizona. Il a la tête dure et en a bien besoin... Surtout quand la Jeep du facteur lui passe sur le crâne ! C'est là le premier miracle de sa vie. Alors que tous le croient mort, il est conduit à l'hôpital où un jeune médecin parvient à le sauver. Mais que faire d'une seconde vie quand on n'a plus aucune famille (père disparu, mère alcoolique, grand-mère en maison de retraite) ? Pendant son interminable séjour à l'hôpital, Edgar a tout le temps de se faire des amis parmi les éclopés de service, et puis il a un projet existentiel de taille : retrouver le facteur pour tout lui pardonner... Un roman en forme de réjouissante saga tragi-comique, où, miracle ultime, Edgar parviendra même à trouver un sens à sa vie ».

Irvin D. YALOM, «Mensonges sur le divan», Galaade éditions, Points, 2006.
Voir ICI. (nouveau : 27 juin 2009)

Carlos Ruiz ZAFON, «L'Ombre du vent», Paris, Grasset, 2004.
La Fnac dit : «Quels drames cachent donc les souterrains de la Maison Aldaya, abandonnée par ses propriétaires, l'une des familles les plus riches de Barcelone ? Tableau historique, roman d'apprentissage évoquant les émois de l'adolescence, récit fantastique dans la pure tradition du Fantôme de l'Opéra ou du Maître et Marguerite, énigme où les mystères s'emboîtent comme des poupées russes, ce livre mêle inextricablement la littérature et la vie». Avec Lolita, de Vladimir Nabokov, Belle du Seigneur, d'Albert Cohen, un des plus beaux romans qu'il m'ait été donné de lire.