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Je suis muette …

17/10/2011, 15:15 Signaler le sujet

mangue974

Nous a rejoint: 16/11/2010, 13:02
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Bonjour à tous,

Voilà un moment que je vous lis et relis vos posts, mes pensées volent dans tous les sens mais je reste silencieuse. Pourtant un bon nombre de fois j'avais envie de participer mais RIEN.…le vide. En séance (2 fois par semaine) c'est pareil. J'ai passé une période (3 semaines) où 'avais des choses à dire mais c'était des émotions immédiates. Et là je retombe dans le mutisme total. C'est une grande souffrance que de se trouver face à mon psychiatre aussi muette j'ai l'impression qu'en ces instants tout s'est envolé et je suis "remplie de vide". Plus aucune pensée, plus aucune émotion, je suis comme anesthésiée. J'entre dans une phase comme si j'étais quelqu'un d'autre où je suis à côté de moi.

C'est très bouleversant et déprimant lors de mes séances, j'angoisse toute la journée à me dire "Bon que vais-je raconter aujourd'hui ?" J'ai l'impression de ne pas vivre pleinement cette thérapie comme vous tous.
Bref si certains d'entre vous vivent la même chose… cela m'aiderait de vous lire ou de mieux comprendre !

Merci de me lire et à très bientôt.


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17/10/2011, 16:15 Signaler

Woody Richard

Nous a rejoint: 12/09/2011, 10:46
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Bonjour mangue !

Je ne vais pas pouvoir t'aider malheureusement, du moins pas comme tu le voudrais (désolé, je te tutoie tout au long du post, je m'en suis rendu compte après l'avoir écrit, j'espère que tu ne le prendras pas mal), moi c'est l'inverse. Jamais je ne suis resté silencieux, et justement, ce qui m'angoisse, ce serait de ne plus réussir à parler du tout. Du coup des fois je me demande si ma parole un peu trop "verbeuse" (comme le démontre une fois de plus ce post à rallonge) n'est pas là justement pour me protéger de certaines choses. Comme tu le vois, quoi qu'il se passe, trop de paroles ou pas assez, on se pose toujours des questions, ahahah...argh.

Je peux si tu veux te conseiller un film à voir sur la parole / le silence, c'est "Persona" d'Ingmar Bergman. Bon, c'est pas joyeux joyeux (un bon test de résistance à la dépression, c'est de voir si après l'avoir vu tu peux encore rire à une blague de toto), mais super intéressant autour de ce thème (l'histoire d'une chanteuse qui tout à coup, au milieu d'une représentation, perd la parole et sera aidée pour la retrouver).

Par contre ce que tu décris, l'anesthésie des pensées, et la sensation d'être "à côté de soi", ça, je pratique depuis maintenant quelques semaines voire mois, par périodes, sans rien y comprendre, et c'est vraiment déstabilisant et flippant ; seulement pour l'instant ça ne m'arrive jamais chez le psy ou seulement par petites touches ponctuelles. Il y a des moments où, sur le divan, je suis tellement en train de m'observer que d'un coup c'est le vide total et je n'ai plus rien à dire, plus de pensée, plus rien à part l'angoisse, mais ça dure quelques secondes en général.

Mais n'as tu jamais pensé à lui parler de ton mutisme ? Même sur le mutisme, même sur le rien, sur le néant, sur le silence, sur TON silence, il y a des choses à dire (pour tout dire, un de mes collègues fait sa thèse de doctorat sur le silence !) ; c'est ton espace, tu en fais ce que tu veux, tu parles de ce que tu veux, et d'ailleurs si tu restes silencieuse, c'est ton droit aussi. Donc pas de culpabilité à avoir par rapport à ça. Le silence aussi a une signification, on n'est pas obligé de parler tout le temps. Je serais toi, je laisserais tomber le "que vais-je raconter aujourd'hui ?" qui ne peut que te freiner (si vraiment tu n'arrives pas à t'empêcher de prévoir, tu peux aussi essayer de lui parler de ça !) ; j'étais comme ça au début, mais très vite je me suis rendu compte que je parlais de tout à fait autre chose que ce que je prévoyais, et au bout d'un moment je n'ai plus du tout anticipé les séances, j'y vais comme j'y vais (c'est à dire en titubant, ahahah), sans prévoir quoi que ce soit. Cette attitude m'a un peu aidé à lâcher certaines choses, peut être que tu pourrais essayer ça. Tu n'as de comptes à rendre à personne, tu payes, et tu fais ce que tu veux du "temps psychique" qui t'est imparti dans tes séances, évidemment selon le cadre que toi et ton thérapeute avez fixé.

Quant à "vivre pleinement sa thérapie comme vous tous", ahahahah, ça m'a bien fait marrer, on ne la vit pas plus ou moins pleinement que toi ! Tout le monde a des sacrées difficultés avec son analyse, tout le monde déguste à un moment ou à un autre pour diverses raisons, tout le monde souffre, les posts le montrent, et toi aussi : apparemment, c'est "normal", et tu la vis aussi pleinement que n'importe qui ! Bienvenue au club !

PS : un petit truc aussi qui m'interpelle dans ton post, c'est que tu mentionnes que pendant 3 semaines tu as réussi à parler, puis qu'après, plus (au passage, "émotions immédiates", quoi de mieux que ça, c'est un bon moyen d'avancer !). Ca je l'ai remarqué aussi, les séances souvent font comme des "cycles", trois ou quatre séances atroces, et puis des séances positives, et puis une séance où on craque et on lâche tout, et puis ça recommence, toujours pareil mais un peu différent, etc. Donc ne t'inquiète pas, les moments difficiles comme ceux que tu vis en ce moment sont certainement des "caps" que tu vas franchir d'une manière ou d'une autre. Ca ne rend pas les choses moins douloureuses, malheureusement, mais c'est bon à savoir.


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17/10/2011, 19:49 Signaler

mangue974

Nous a rejoint: 16/11/2010, 13:02
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Bonsoir Woody,

Tout d'abord, merci pour ton message et je ne suis pas vexée du tutoiement au contraire, cela permet de lever certaines barrières en ce qui me concerne. Et oui j'ai un vrai blockhaus autour de moi qui m'empêche de dire beaucoup de choses. Pourtant je suis une femme joyeuse, on aime ma compagnie. Cependant je ne livre que très peu de choses à mon sujet comme je l'ai exprimé plus haut.
Ce mutisme est une chose que j'exprime souvent lors de mes entretiens chez mon psy, mais je culpabilise je n'arrive pas à lâcher prise et parler de ma vie de tous les jours comme certain(es) peut-être ? Je vis vraiment les choses pleinement au jour le jour avec beaucoup d'optimisme mais cela n'empêche que devant LUI je n'arrive à rien extraire. Pourtant je suis sûre qu'il me convient (enfin je crois), je n'ai surtout pas envie de re-raconter mon parcours encore une fois. Je le sens effectivement très à l'écoute et neutre et respectueux…Oui la balle est dans mon camps. Mais je me pose trop de questions, et puis j'ai surtout honte, de moi …Une petite précision sur le fait que pendant 3 semaines j'arrivais à dire quelque chose c'est le fait qu'un événement plutôt marquant m'a anéanti…Le reste du temps je reste sans parler ni de mon passé, mon présent ou de mon futur. Cela me ronge et me donne parfois envie d'arrêter ma thérapie et de tout arrêter...
En tout cas merci pour le conseil de voir ce film, je vais tenter de me le procurer au plus vite.
Bien à vous tous.


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17/10/2011, 21:01 Signaler

Woody Richard

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Encore une fois, personne ne t'oblige à parler ! Si tu n'as pas envie de parler du futur ou du passé, eh bien tu ne le fais pas, il n'y a pas de honte ! Tu peux peut être interroger les raisons qui font que tu ne veux pas ou peux pas en parler, ici et maintenant ?


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17/10/2011, 23:08 Signaler

jordaele

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Bonsoir Mangue,

Juste un petit mot d'encouragement. Ce n'est pas facile.
Tu sais, la honte aussi ça se parle. J'ai traversée une période qui ressemble peut être à ce que tu vis en ce moment. Impossible de parler de quoi que ce soit, comme si tout ce que je pouvais dire était collé à cette honte. Alors même si je n'ai pas pu expliquer pourquoi, j'ai pris mon courage à 2 mains un jour pour dire juste "je crois que j'ai trop honte". Ca n'a pas été facile mais je crois que ca a bien débloqué des choses. Je peux parler de choses aujourd'hui que je n'aurais même pas imaginées dire il y a 1 an. Je me rends compte que finalement avec le temps, les choses se débloquent au fur et à mesure même si sur le moment cela parrait très long et dur à vivre.
Bon l'expérience ne vaut souvent que pour soi même, mais je suis sûre que tu vas trouver TA solution.

Bon courage


Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s'habitueront.
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18/10/2011, 05:40 Signaler

Francis Bismuth

Administrator
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Bonjour,
La seule règle qui vaille en séance est de dire tout ce qui passe, de verbaliser la moindre pensée sans préjuger de ce qu'elle vaut, sans jugement, sans préparation sur le chemin du cabinet. C'est au prix de cette liberté que peuvent épisodiquement surgir - comme Woody hier surpris en séance - telle évocation qui vous surprend, qui sort de vos pensées habituelles. De longues séances silencieuses ne sont pas perte de temps ; elles peuvent être nécessaires à ce que vous vous demandiez de plus en plus le pourquoi de ce silence, ce que vous souhaitez taire ou taire à vous-même.
A l'inverse, beaucoup de personnes parlent beaucoup en séance : récit de la semaine passée, récit de situations de travail. Dans l'absolu, nombre de dires sont reprenables par vous ou pour l’analyste. Toutefois, certaines logorrhées ne sont pas plus analysables que de longs silences.
Allongée sur le divan, laissez-vous allez à quoi que ce soit. Vous pouvez même, si vous vous taisez, dire "je me tais" ; le seul son de ces trois syllabes peut amener d'autres images reprises ou non par vous et l'analyste ("je me tais" > j'aime pas le thé > un jour je me suis brûlé la langue avec une boisson chaude, du chocolat. J'ai crié, ma mère n'était pas là"), etc., etc...
Et presque rien de pire que l'impatience à vouloir comprendre, volonté qui bloque le surgissement de traits jusque là inconscients.

A bientôt,
FB.


www Message Privé
18/10/2011, 08:46 Signaler

Woody Richard

Nous a rejoint: 12/09/2011, 10:46
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Oui, ce que dit Francis dans sa dernière phrase est très important et je le vis exactement comme cela. Je suis quelqu'un de très analytique, qui veut tout savoir sur tout et tout comprendre, et chaque fois que j'essaie en séance, cette dernière me frustre et m'angoisse. Les séances les plus utiles sont malheureusement celles où je suis tellement mal que je ne cherche plus à raisonner, tout sort des tripes et se libère d'un coup.

D'ailleurs, mon psy interrompt souvent les séances (une fois un certain temps passé, tout de même) quand je commence à trop questionner : "pourquoi c'est comme ça ?" "Comment je peux faire pour régler ci ou ça ?"


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18/10/2011, 11:36 Signaler

jordaele

Nous a rejoint: 13/09/2011, 21:38
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J'ai cependant une question, que faire quand on a repéré quelque chose que l'on veut taire mais qu'on s'évertue à taire dependant, encore et encore ?
Je pense en ce qui me concerne à quelque chose de mon présent qui peut parraître anodin mais que je suis toujours incapable d'évoquer, un détail peut-être, mais toujours collé à "un sentiment de honte" plus ancien et j'ignore ce que cela cache.
Ma solution : la taire jusqu'à ce qu'un jour ca sorte enfin. Mon exérience me prouve que des choses avec le temps deviennent faciles à dire quand elles sont démélées les unes des autres.
Par contre, j'ai du coup le sentiment parfois de fausser le "jeu"...


Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s'habitueront.
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18/10/2011, 14:48 Signaler

prune

Nous a rejoint: 26/11/2008, 10:00
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Un jour vous direz "ça fait longtemps que je voulais le dire, mais je ne pouvais pas ...". Ou bien vous ne le direz jamais, parce que ce ne sera plus un problème et que vous n'y penserez même plus.
Il n'y a pas de "faux" jeu en analyse, rien n'est faussé. Culpabiliser de culpabiliser ? C'est le jeu tout court, un des passages possibles, pas de chemin tout tracé à suivre :? 8)


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18/10/2011, 15:01 Signaler

Francis Bismuth

Administrator
Nous a rejoint: 14/10/2005, 14:04
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Mais en même temps, il peut être dommage de taire ce que l'on a à dire, ne serait-ce que parce que l'on pourrait se priver de s'apercevoir que ce que l'on s'échinait à taire prenait plus de place que de se l'entendre prononcer. Ou bien, ce "tu" (du verbe "taire") dit pourrait-il vous entraîner vers de nouveaux pans d'associations d'idées. Et puis pourquoi taire telle chose dans un lieu où l'on doit et où l'on est censé pouvoir tout dire ? Ce qui n'empêche pas de faire le choix de se taire (choix qui pourrait s'analyser :) ...

A bientôt,
FB.


www Message Privé
18/10/2011, 15:26 Signaler

prune

Nous a rejoint: 26/11/2008, 10:00
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"Et puis pourquoi taire telle chose dans un lieu où l'on doit et où l'on est censé pouvoir tout dire ?"

Oui Francis, mais si on peut pas, on peut pas, ce n'est pas forcément un choix :) on pourra plus tard, ou on peut dire qu'on ne peut dire ... Bref on dit ce qu'on peut au moment des séances! Et de là, de toute façon, sortent des choses qu'on s'entend dire, et qu'on n'était pas conscients d'avoir dites comme cela ...


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18/10/2011, 19:50 Signaler

Melyna

Nous a rejoint: 21/03/2009, 00:01
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Dire: "je ne peux/parviens pas à vous parler de cela" , n'est-ce pas déjà en parler ?

C'est ainsi qu'à plusieurs reprises ,j'ai fini par parler un peu puis un peu plus de ce que je retenais .

Bonne soirée à tous
M.


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20/10/2011, 09:51 Signaler

mangue974

Nous a rejoint: 16/11/2010, 13:02
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Bonjour à tous,

Je vous remercie de vos réponses qui sont très intéressantes et qui apportent de l'eau dans mon moulin.
Francis, j'aime beaucoup votre dernière réflexion "Et presque rien de pire que l'impatience à vouloir comprendre, volonté qui bloque le surgissement de traits jusque là inconscients." En effet, je suis pressée de tout vouloir expliquer, comprendre, analyser, maîtriser……hélas lorsque je me retrouve devant mon docteur je suis paralysée et tout m'échappe, tout se volatilise dans mes pensées et forcément dans mes paroles. Je suis comme dissociée là et ailleurs. En ces instants je me dédouble et j'ai l'impression qu'une autre personne est assise ou allongée à ma place. C'est très curieux comme sentiment. Oui je crois que j'ai vécu des choses qui font que mon corps, ma tête se mettent en arrêt comme si j'étais morte au fond de moi. C'est alors que je n'arrive pas à franchir le pas de cette porte qui est devant moi. Oui je fais des efforts mais justement je parle de banalités et toujours des mêmes maux ou mots. L'envie est là mais cette ombre, cette chose ne cesse de m'ensevelir et de m'endormir pendant et après la séance. C'est très troublant je suis comme dans un état second…ALors je m'efforce de continuer et comme en spéléo de passer au travers des boyaux pour entrer dans une pièce illuminée de cristaux et de lumière.
Merci pour tous vos encouragements
Mangue

Et presque rien de pire que l'impatience à vouloir comprendre, volonté qui bloque le surgissement de traits jusque là inconscients.


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20/10/2011, 11:35 Signaler

Woody Richard

Nous a rejoint: 12/09/2011, 10:46
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Si ça peut te rassurer j'ai ressenti et ressens encore parfois EXACTEMENT les mêmes choses, ce dédoublement, et tout le reste.


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