Quelqu'un a vécu ça ?
Bonjour Cézigue,
J’ai déplacé votre sujet ; il me semblait mieux qu’il fut là.
J’allais partir dans mille phrases, mais voici la principale selon moi, même si elle ne changera guère de choses pour vous :
tous les analysants ont vécu et vivront ça et si ce n’est pas le cas, si « ça » ne résiste pas, alors y-a-t-il lieu de s’interroger quant à la réalité de la cure. Résister ? Et alors, puisque cela fait partie intégrante de la cure, que de parler à son analyste du sentiment que cela n’avance pas.
« N’être que résistances », comme vous l’écrivez, c’est ce qui nous a longtemps permis de tenir, alors vous pensez bien que ce n’est pas d’aller chez un quidam parler, qui va faire que et hop ! du jour au lendemain ou presque, tout change.
Non seulement j’ai vécu cela sur le divan – en début d’analyse, en cours d’analyse, parfois des mois durant – mais y compris en tant qu’analyste, m’arrive-t-il de sentir qu’il ne me semble rien entendre. Ça peut tenir à ma propre indisponibilité, à mes propres résistances, crispations, préoccupations. Ça peut tenir à l’analysant(e). Puis parfois, quelque chose se débloque ; cela tient à l’autre ou à moi. Cela tient à un moment de rencontre entre deux inconscients. Peu importe.
Analysant, nous devons nous laisser aller dans le verbe, dans les longs silences, les impressions verbalisées, les coq-à-l’âne, et sans vouloir d’emblée comprendre, sans vouloir de suite une réponse au pourquoi et au comment. L’impatience en même temps qu’elle pousse à l’analyse, y est un frein. Chacun se sent poussé à une « obligation de résultat », à l’efficience, à la rentabilisation de l’investissement ; peu d'entre nous ne s'octroient de temps, pour soi. Y compris de temps pour le travail de l'inconscient mais pas seulement. Or l'analyse, je ne crois pas que l'on puisse s'y "magner".
La plupart d’entre nous sont aussi, ou vont et reviennent, dans le paraître intelligent aux yeux de l’analyste – ou de l’analysant – dans une image de soi dont on viendrait se défaire et à laquelle on s’accroche. Ou alors, on psychologise : on parle de son Oedipe, de son rapport au père, ou encore de l’injustice de la société, et que c’est la faute à la culture judéo-chrétienne qui…etc. Ou encore, le discours n’est-il centré que sur les symptômes et dans une tentative intelligente de leur décryptage. Faut qu’il y ait certaine logique dans tout ça, s’pas ? Certes, certes, mais de tout ce qui précède, l’inconscient se fiche totalement et je dirais que l’intelligence, en analyse, c’est un vrai problème !
Des fois, quand je me lasse que cela patine tranquillement, je provoque, ou j’explique. Bref, je fais quelque chose qui tende à rompre certain ronron, fut-il fort érudit. L’érudition, ça peut-être aussi un bon moyen de rester à l’écart de soi.
Mais bref Cézigue : cela (ne) fait (que) trois mois que vous êtes sur le divan – le face à face freine la libre association et l’écoute flottante du psy – et je ne sais pas à quel rythme…. donc…. Bonne séance et à bientôt,
FB