Bonjour...
C’est la fée –qui incarne le mystère féminin, « la connaissance du mystère » ici « fée des Lilas » libre (!) pour son désir : femme extravagante ? mais c’est déjà une interprétation de Jacques Demy le réalisateur ! … qui en fait une fée sexualisée / Reste à savoir comment, je me souviens m’être posée des questions à ce sujet, après avoir vu le film de Jacques Demy- ...
c'est la fée qui donne à la jeune fille, sa filleule, une voie pour la sublimation.
Car, très clairement, l’attachement que la petite fille – moi, oui moi - avait pour ces robes improbables, et plus exactement ce à quoi je me vouais : quelques moments à cet émerveillement d’imaginer, occasion d’effort d’imagination, sans quoi ces robes ne sont pas merveilleuses ! c’est cela même que j’appelle ici sublimation.
On peut développer la thématique des couleurs de robe comme autant de symboles. A ce compte-là, quand on est petit, ce sont presque des idéogrammes ! du masculin : le père, soleil? du féminin… la lune…
... la mère qui n’est plus présente dans le tableau que comme la fatalité et le risque auxquels elle a voué sa fille de lui succéder dans les bras du roi.
Inversement, c’est la petite fille qui se passerait bien de la présence de sa mère à laquelle elle doit sa propre existence, et ainsi se verrait bien : plus belle, plus désirable, aux yeux de son père ; elle s’en passerait tellement bien que le conte le lui offre !
La mère lui offre même de s’inscrire dans son désir de mère de la plus belle des petites filles... mais qu’à avoir fait la plus belle des petites filles à son époux, elle en soit capable de disparaître !...
Quels vœux croisés, de confusions croisées, se jouent ici sur le dos de la jeune fille à l’âge pubère… qu’elle se doive d’endosser robes d’impossibles désirs, et jusqu’au trésor écorché de son roi le père : l’âne. C’est elle, maintenant qui en disparaît… comme le homard de Dolto (l’ado) dans un trou de rocher en train de muer, et qui pourrait être aussi bien un Bernard l’Hermite à jamais vulnérable dans la coquille sèche d’un défunt mollusque.
Mon Soleil ! Ma Lune ! Mon Trésor ! Chair de ma chair ! Je t’ai dans la peau !(euh non non, je me trompe de chapitre) Ma Princesse ! Mon Univers ! Ô Ma Préférée ! (« ô ma préférée » : Rudyard Kipling : « Histoires comme ça. ») Mon Etoile ! Mon étoile dans mon ciel ! Je suis ton ciel…
Alors ? la robe couleur du Temps ? La représentation en est impossible. Impossible vous dis-je ! et ce n’est pas faute d’avoir essayé ! Le soleil est d’or… la lune est d’argent… (la parole ? le silence ? !!) et parfois les livres montrant du bleu pour le temps… c’est déjà l’interprétation de l’illustrateur ? Le Temps est la couleur de la première robe que la fée suggère à la jeune fille de demander à son père.
C’est à ce moment-là que le conte demande à sa jeune lectrice tous ses efforts… qu’est-ce à dire ? Elle ne peut y trouver réponse. Là est l’amorce du déroulé dont je parlais… celui de l’appel à la création… parce qu’il y a là quelque chose qui n’est pas représentable. Quelque chose pour lequel l’enfant doit, je dirais même que c’est le conte qui le lui doit ! le conte doit lui permettre que se déroule : le Temps. Et ce Temps est en lui-même aussi celui, métaphore du déroulé, de la lecture du conte ! Oh ! le Temps ? peut-on croire au temps qu’il fait ? certes non… A l’écran de projection que le ciel est pour le temps ? Nous approchons ?...
Je crois qu’aujourd’hui je peux dire pour la première fois : le Temps, c’est celui de la vie… voilà pour la fée la première demande à faire à son père : une robe couleur de vie… Etrangement c’est la plus facile ! Et le roi qui la fait faire bleue ! Bleu comme l’écran du ciel sur lequel se déroule la vie, comme les manifestations du temps qui se présentent en lecture sur le ciel. Robe, bleu : variable… « Bleus – gris… » variables. Ce n’est pas parce que le Temps s’y lit qu’il appartient au ciel, qu’il est le propre du père.
Ensuite, la Lune puis le Soleil sont des invariables.
Quand on est une petite fille à imaginer ces robes, que se dit-on ? Devinez !
Voici : laquelle je préfèrerais… ?! Il m’est toujours apparu impossible de « vraiment » choisir. Sauf que celle du Temps, la moins « représentable » sans l’interprétation de celui qui en pense quelque chose, la plus… mystérieuse, donc… abstraite ?... changeante : c’est cela la caractéristique de cette robe : la couleur, c’est « le changeant ». Couleur changeant.
Cette robe est précurseur de ce qu’il y a une : lune, et un : soleil.
Il n’y a ni soleil ni lune pour le monde qu’est l’enfant, s’il n’y avait pas eu pour valeur du Temps : le changement. Le changement – la conception de l’enfant. Alors, couleur de vie : oui ! le changement et l’innovation. Et j’aborde là la scène primitive. Avant il n’y avait rien. Ni soleil, ni lune, ni temps –car pas d’enfant-je pour en témoigner. Il n’y avait que l’âne : la pulsion. L’enfant n’était pas là du temps de la pulsion. Pulsion d’un autre Temps. Qu’est ce qu’il s’est passé pour que je vienne à naître ? Que l’auteur de la pulsion qui m’a fait naître fille pour qu’il soit père (d’une fille) me le donne ! ou me le refuse ! de connaître cela de lui… ou y renonce, pour lui-même à mon endroit… ainsi : l’âne-pulsion de son père que la jeune fille endosse comme dépouille.
Elle : Peau d’Âne : est : dépouille de la pulsion de son père, en même temps que, nue, produit et : honneur de la pulsion. Un temps. (Un temps variable –ce qu’annonçait la première robe…)
Il ne faut pas oublier que tous les contes ont une destination double : certainement autant d’adultes, que d’enfants, dans les veillées d’hiver dans les chaumières…
Je ne vous ai pas répondu simplement, Francis, si j’avais eu à le faire à votre précédent message, cela aura été :
« oui ! c’est bien cela que vous formulez ce dont il s’agit ! »
mais, vous m’avez incitée à entrevoir davantage d’éclairage, et vous avez ici très exactement le fil de ma pensée. Un déroulé tout personnel : une interprétation qui procède par strate. Rien de trop mystérieux ? tout de même, et qui ne puisse être synthétisé, brossé, autrement. Du moins je veux bien croire que, « mon ressenti », s’il prend cette expression, prend aussi quelques liberté avec la psychanalyse ! mais s’y inscrit quand même. Alors, peut-être pourra-t-il en subir une « réduction » comme on dit une « réduction de fraction » en mathématique, et re-distribution de part et d’autre du signe d’équivalence entre les deux termes d’une équation.
Mais là, je suis comme les enfants ! je ne peux pas tout faire à la fois ! ici j’explore…
Et pour l’anneau… j’en ai encore un petit peu au service du conte !!
Enid