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Une névrose obsessionnelle / été 2006

01/02/2007, 16:30 Signaler le sujet

Francis Bismuth

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Nous a rejoint: 14/10/2005, 14:04
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Une psychothérapie analytique interrompue.

Il était venu me voir, poussé par sa compagne qui se savait elle-même condamnée par une maladie grave. Très bel homme, fin de la cinquantaine, très maigre, souriant et le regard parfois vague comme celui de grands myopes, ou de grands chasseurs, ou de grands enfants, ou les trois à la fois, il souffrait puissamment de pensées obsédantes, que seuls de longs rituels pouvant parfois durer jusqu'à 48 heures, lui permettaient de chasser. Une bonne quarantaine d'années que cela durait, avec de grandes phases de rémission, des phases d'analyse, d'hospitalisation psychiatrique, de médicaments...

Concernant les symptômes dont il était épuisé qu'ils l'empêchassent de dormir, je m'étonnais de sa capacité à différer dans le temps le rituel qualifiables d'expiatoires ; une "pensée" lui venant dans la journée, il repoussait au soir le remboursement de la dette, pour ne s'endormir ensuite que vers 4 heures du matin.
Son père officier au Maghreb avait été autoritaire, Maghreb quitté avec regret durant l'enfance, et il gardait avec sa mère abandonnée par l'époux dans les années 60 des liens plus qu'étroits, elle ou lui se téléphonant nécessairement chaque jour.
Marié une première fois, il avait un fils de près de 40 ans, et des maîtresses avant le divorce. Il y avait en lui une croyance en un Dieu, croyance dénuée de quelque bigoterie, croyance empreinte de culpabilité quant à ses frasques adultères. Pourtant, il regardait celles-ci avec la même tranquilité qu'il les jugeait fautives. Fort à parier que la faute inconsciente était ailleurs et que les fautes passées, comme ses "mauvaises pensées" actuelles, faisaient écran entre son intelligence et son inconscient.
Musicien et comme moi mélomane, il avait joué avec la mort dans des sports dangereux, une mort omniprésente dans sa vie, de même que de la vie se lisait dans ses mots et ses venues pour sa séance hebdomadaire, trop rare, trop brêve. Il avait attribué à ses proches un chiffre. N°1, n°2, etc. Parfois, il faisait involontairement le lien entre un chiffre et une idée de mort. C'étaient cela, ses "mauvaises pensées". Alors il se disait que quelque chose pourrait arriver à cette personne aimée et il fallait mettre en place un rituel pour en quelque sorte, expier une plus grande faute imaginaire dont je ne sus jamais rien, sauf des présupposés qui demandaient à être confirmés.

Entre le premier et le second entretien, je me suis plongé dans la lecture de "L'enfer du Devoir", formidable livre de Denise Lachaud sur la névrose obsessionnelle. Que trouver à cet instant dans les livres même les plus pertinents, même écrits par une si fine et expérimentée clinicienne, qui aurait pu répondre à mes attentes, sinon des propos intelligents et lisibles sur des maux ? Comment trouver réponse à l'énigme d'un être singulier, même lorsque sa névrose se déploie aussi clairement que dans un cours universitaire ?

C'est dans son désir de guérir et dans la suite de ses propos que nous serions peut-être parvenus à quelque chose. Il n'est venu que quelques mois, puis peu après le décès de sa compagne, ne s'est plus manifesté. Je lui ai laissé en vain un message pour qu'il me recontacte.

Cet homme me manque, même si la froide distance des psy est parfois évoquée, qui me laisse (pour lui, je ne sais pas) avec mon impuissance, comme c'est parfois le cas avec ce "dialecte de l'obsession" : l'hystérie *.

Francis Bismuth
septembre-octobre 2006

* : C'est spontanément, au regard de mon travail avec des personnes souffrant d'hystérie, que me vient ce renversement de la proposition freudienne quant aux traits communs entre hystérie et obsession.


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