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Coaching professionnel & psyché individuelle

 
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Francis Bismuth
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MessagePosté le: Mar Mai 27, 2008 7:14 pm    Sujet du message: Coaching professionnel & psyché individuelle Répondre en citant
Bonjour,

Je relis ce que j’ai rapidement écrit ici http://www.psychologie-bismuth.com/coaching-bilan-competences/ et reste insatisfait de ces propos, tant des miens que de ceux que je cite. Billet d'humeur.
Cette insatisfaction me donnerait envie de relire Christophe Dejours, Eugène Enriquez, Didier Anzieu, Kets de Vries (voir : http://www.psychologie-bismuth.com/bibliographie/entreprises-sciences-humaines-et-organisations.php), de revenir sur mon travail sur le harcèlement - occasion de conjuguer psychanalyse et organisations (http://www.psychologie-bismuth.com/forum/violence-entreprise-harcelement-souffrance-psychanalyse.pdf) si j’en avais le temps. Mais non : si j’en prenais le temps. Question de choix. Nuance qui donnait à réfléchir ces personnes dont j’accompagnais l’exercice professionnel.

Aujourd’hui plus qu’auparavant - même si études universitaires, engagement personnel et exercices professionnels me virent d’emblée conjuguer psychosociologie des organisations, relations humaines et sphère intra-psychique (psychologie clinique et pathologique, psychanalyse) - je ne vois pas comment je pourrais scinder « coaching entrepreneurial » - certains mots du siècle, quelle bêtise [(la personne dans son organisation, c’est-à-dire pour les non-puristes, dans son entreprise (ou « à sa tête »)] et psyché de l’individu venant à me parler.
Je ne crois pas que cela tienne exclusivement au fait que je ne rencontre plus, la plupart du temps, que dans le cadre psychanalytique ou psychothérapeutique, les professions libérales, demandeurs d’emploi, salariés ou chefs d’entreprise. Je crois plutôt que cela tient au fait que je m’autorise enfin à soutenir – comme je le subodore depuis bien vingt ans, mais j’en auto-censurais l’expression – que je ne me vois décidemment pas, mais absolument pas, en 2008, coacher une personne dans le cadre de son exercice professionnel, en faisant fi des nœuds psychiques, individuels, généalogiques, familiaux qui sont notre lot.

Cela flaire la résistance et/ou le commerce, et/ou l’ignorance, et /ou la réassurance – d’autres invoqueraient "l’honnêteté intellectuelle", cette façon si pugnace de scinder les choses. Evidemment cela rassure-t-il le commanditaire éventuel – l’employeur – ou le client ; la personne. Ça absout parfois l’inexpérience du coach et/ou son ignorance du divan – son absence de travail analytique personnel. Ça lui permet de s’en dispenser, ou peut-être n'y pensa-t-il même pas. On ne parle pas d’inconscient. Ni d’inconscient collectif. Ni de l’histoire de l’entreprise. Ni de celle de la personne. L’on forclos ce qui nous habite depuis le plus jeune âge et qui nous agit toujours, l’inconscient de chacun étant intemporel. Ou plutôt que l’on n’en parle pas, l’on ne fait qu’en parler, que l’évoquer.
Et moi, ici, je ne parle pas non plus des 1,6% de la masse salariale de l'entreprise dévolus à la formation permanente - dont le coaching - une manne pour les prometteurs de solutions et autres flatteurs d'ego managérial. Quel monde que celui que nous nous sommes fait…

Rarissimes sont les coachs– j’allais écrire "les psys", appellation elle-même fourre-tout - ayant acquis ces cultures plurielles. Je ne parle pas là de connaissances ; je parle d’un savoir éprouvé (mis à l’épreuve), un savoir sur soi-même, une expérience tant de l’entreprise que du divan. "Alors Bismuth, tu nous fais mine de rien ton panégyrique ? Tu nous fais l’article ?". Ce n’est pas mon intention – que je sache – mais je redis que l’on ne peut "mettre des cases" de façon forcée ou forcenée, sans qu’il y ait pour conséquences de la méconnaissance. Œillères. L’organisation (hôpital, association, entreprise) renvoie à l’initiale organisation (l’enfance et la famille) ; la façon dont on se regarde "travailleur", n’est pas déliée du supposé regard porté sur soi, quand nous étions enfant, regard que l’on imaginait de l’autre, regard déformé que l’on portait sur soi. Comment le passé de chacun, actuel dans l’inconscient, le quitterait-il à l’entrée dans l’entreprise, et n’interfèrerait-il pas dans les prises de décision, incompréhensions, insatisfactions, conduite de projets collectifs et transverses, "conduite du changement", conflits, modes de management, réunion de famille. Pardon : de travail.

J’en reste là pour l’instant : ce n’est jamais fini.
A bientôt,
FB.


Dernière édition par Francis Bismuth le Dim Nov 09, 2008 8:14 am; édité 1 fois
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marge



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MessagePosté le: Jeu Mai 29, 2008 12:53 am    Sujet du message: Répondre en citant
Bonjour Francis,
J’ai envie de réagir à ce que vous dites là parce que le coaching à l’intérieur de l’entreprise me paraît très loin sinon à l’opposé d’une démarche analytique. Le coach salarié de l’employeur travaille pour l’entreprise et non pour l’employé. L’objectif (de l’employeur, donc du coach) est de faire en sorte que l’employé travaille, soit performant et s’adapte aux conditions de travail, on est dans le comportementalisme.
Toute l’astuce consiste à faire en sorte que ce soit le salarié qui fasse la demande dans ce sens.

Je n’ai jamais eu affaire à un coach, mais je le vois comme un technicien appliquant des recettes et qui ne s’occupe pas des états d’âme du salarié. Mais il me paraît évident que les difficultés et les conflits liés au travail sont vécus en fonction du psychisme de l’individu.

Le seul moyen de le prendre en compte serait de faire un travail psychothérapeutique en dehors de l’entreprise.
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Francis Bismuth
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MessagePosté le: Jeu Mai 29, 2008 10:27 am    Sujet du message: Répondre en citant
Bonjour Marge,
Je réponds à quelques points de votre intervention.
Bien-sûr les démarche et vocation du coaching et de la cure analytiques sont-elles différentes, notamment quant au buts, aux contextes et sur bien d'autres points.
Vous écrivez : "Le coach salarié de l’employeur travaille pour l’entreprise et non pour l’employé". Il existe des coachs indépendants qui sont payés par le « travailleur » (salarié, chef d’entreprise, etc.).
Il existe des coachs indépendants payés par l’employeur de la personne coachée.
Il existe des coachs qui visent le mieux-être au travail de la personne coachée, sans chercher à formater.
Certains coachs sont salariés d’un cabinet auquel ils doivent des comptes et dont l’éthique est des plus variables.
Par ailleurs, des salariés peuvent demander à leur employeur un coaching : cela n’est pas toujours une injonction de l’employeur faite au salarié.
Vous écrivez : "L’objectif (de l’employeur, donc du coach) est de faire en sorte que l’employé travaille, soit performant et s’adapte aux conditions de travail, on est dans le comportementalisme". Pas nécessairement. L’objectif de l’employeur, quand c’est lui le commanditaire, n’est pas nécessairement celui du coach. L’on peut en outre se trouver dans une logique gagnant-gagnant et que d’aide apportée au coaché serve celui-ci, et l’employeur-commanditaire aussi. Si j’ai rencontré nombre d’employeurs obtus, j’en ai aussi rencontré nombre comprenant parfaitement qu’un salarié heureux au travail vaut mieux pour l'entreprise, qu’un salarié dans la souffrance au travail. Qu’un employeur veuille qu’un salarié travaille, soit performant et s’adapte aux conditions de travail, si l’on n’est pas dans une logique « négrière », peut aussi faire l’affaire du salarié : être « performant » peut aussi venir de ce que l’on soit mieux dans son travail, avec ses collègues et dans sa peau qu’on ne l’était auparavant, ou encore mieux à même de changer d’employeur.
Si peut-être, le formatage comportementaliste peut être plus ou moins clairement être formulé par celui qui payera la facture au coach, d’autres formes de coaching peuvent exister, que le coach doit selon moi proposer. Quant au comportementalisme, si c’est pour que le mal-être sous-jacent ressorte sous une autre forme plus tard, la belle affaire !...
Vous dites du coach : je le vois comme un technicien appliquant des recettes et qui ne s’occupe pas des états d’âme du salarié. Il peut y en avoir tels que ceux que vous imaginez et je n'en doute pas un instant. Il doit même s'en trouver plus préoccupés à séduire DRH ou DG pour remporter le contrat, que soucieux du coaché. Il peut aussi en exister de différents qui, dans la pluridisciplinarité, ne fassent pas dans la mécanique machinique, mais considérant la personne – et l’organisation - dans leurs complexités.
Enfin arrivera-t-il parfois (vous l'évoquez, certes différemment) qu’un travail de coaching – parfois d'ailleurs incidemment psychothérapeutiques, en marge des objectifs prédéterminés, « par surcroit » - amène la personne à entreprendre psychothérapie ou psychanalyse.
Mais ça, comme disait l’autre ci-dessus, c’est une autre histoire.

A bientôt,
FB

PS : je pense incidemment à la guérison qu’apporte le médecin, parfois plus fonction de la relation médecin-patient, que liée à l’outillage, à l’organique, au pharmacologique, au Code de la sécurité sociale, à la demande initiale et manifeste du malade.
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marge



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MessagePosté le: Jeu Mai 29, 2008 9:53 pm    Sujet du message: Répondre en citant
Merci pour toutes ces explications. Smile

Francis Bismuth a écrit:
.

PS : je pense incidemment à la guérison qu’apporte le médecin, parfois plus fonction de la relation médecin-patient, que liée à l’outillage, à l’organique, au pharmacologique, au Code de la sécurité sociale, à la demande initiale et manifeste du malade.
Là je pense que ça dépend surtout de la nature de la plainte, à savoir s’il y a une cause organique ou non.
Ca me fait penser à une autre question: que ce soit en médecine ou en psychothérapie/psychanalyse peut-on parler d'un "effet placebo" lié à la personne du soignant? qu'en pensez-vous?
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Chocolatine



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MessagePosté le: Ven Mai 30, 2008 7:50 am    Sujet du message: Répondre en citant
Marge vous dites : Là je pense que ça dépend surtout de la nature de la plainte, à savoir s’il y a une cause organique ou non.
Ca me fait penser à une autre question: que ce soit en médecine ou en psychothérapie/psychanalyse peut-on parler d'un "effet placebo" lié à la personne du soignant? qu'en pensez-vous ?


L'effet placebo n'est-il pas lié à la subjectivité du soigné (ou analysant) qui perçoit le soignant (analyste) comme "réparateur" de sa propre histoire (je parle pour la psychanalyse) ?
Je pense avant tout que se sentir compris participe déjà beaucoup à cet effet placebo.

Chocolatine
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Francis Bismuth
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MessagePosté le: Ven Mai 30, 2008 8:01 am    Sujet du message: Répondre en citant
Bonjour Marge,
Peut-être vais-je répondre à coté puisque n’ayant pas grand chose à écrire de l’effet placebo en lui-même. Par contre, l’on sait qu’une « cause » organique peut avoir une source - pour tout ou partie - psychique. Ce n’est pas une raison pour négliger de ce fait les médicaments, actes chirurgicaux, etc. L’on observe aussi que la plainte médicale, la demande d’intervention faite au supposé soignant peut faire partie d’un syndrome névrotique, pervers, ou psychotique. L’on (long ? Alors j’abrège) constate aussi et enfin, que « la personne du soignant » et le cadre de la consultation sont objet de projections, de phénomènes de transfert et de contre transfert. C’est dire que, pour nécessaires que soient les « techniques » et outils objectivables, ils ne sont pas, seuls, et loin s’en faut, suffisants et agissants. N’est-il pas ? Cool
A bientôt,
FB

PS (ajouté un peu plus tard) : Chocolatine et moi avons dû répondre en même temps à Marge, puisqu'au moment du présent commentaire, je n'avais pas lu le "post" ci-dessus.
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marge



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MessagePosté le: Ven Mai 30, 2008 6:14 pm    Sujet du message: Répondre en citant
Bonjour chocolatine,
Oui, se sentir compris c’est subjectif. En analyse ça ne marche qu’un temps. Au bout d'un moment on se rend compte que l’analyste n’est pas là pour comprendre.

Francis, effectivement, vous répondez à côté, mais je suis d’accord avec ce que vous dites.
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Chocolatine



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MessagePosté le: Sam Mai 31, 2008 10:31 am    Sujet du message: Répondre en citant
marge a écrit:
Bonjour chocolatine,
Oui, se sentir compris c’est subjectif. En analyse ça ne marche qu’un temps. Au bout d'un moment on se rend compte que l’analyste n’est pas là pour comprendre.

Bonjour Marge,

Votre réponse m'interpèle ...
Se sentir compris (ou entendu) est une chose importante pour moi parce que sur le divan, je "dépose" mes souffrances passées et présentes, que ça m'allège parfois d'un poids énorme et que les réponses que mon analyste me fait sont là pour me dire qu'il comprend cette souffrance (enfin en tout cas, je le perçois comme tel).

C'est vrai, je suis encore une débutante dans cette démarche ... sans doute qu'ensuite j'aurai moins besoin de sentir cette compréhension.

Chocolatine
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