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Psychothérapie de jeunes enfants

 
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Francis Bismuth
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MessagePosté le: Mer Juil 18, 2007 1:26 pm    Sujet du message: Psychothérapie de jeunes enfants Répondre en citant
Psychothérapie de jeunes enfants

La question de cette pratique de la psychothérapie des enfants – disons de 5 à 10 ans – m’est souvent posée au téléphone par un parent, alors autant y aller de quelques lignes.
Lorsque un parent m’appelle pour la prise en charge psychothérapeutique d’un enfant, je reçois d’abord le (ou les) parent(s), sans l’enfant. Et même si ce n’est pas la règle, il n’est pas rare que ce premier entretien soit le dernier.
Dans un premier temps, j’écoute et regarde les parents. J'essaie d'entendre leur angoisse, qui ils sont, qui ils furent. Durant une heure, je leur fais me parler de leur propre enfance, de leur vie d’adulte. De leur façon de percevoir leur rôle de parent, de leur propres fratries ainsi que des frères et soeurs de l’enfant.
Je leur demande aussi si l’enfant exprime ou n'exprime pas une demande « d’aide », quel que soit l'âge de celui-ci. Une réponse négative à cette question n’est pas synonyme de refus de ma part de rencontre de l’enfant.
Je pratique ainsi car il n’est pas rare que l’enfant soit le symptôme, ou bien de problèmes psychologiques chez l’un des parents, en lien avec son passé infantile, ou bien d’un « dysfonctionnement » (de tensions) familial(es).
Quoique lecteur et respectueux de œuvres de Françoise Dolto et de Mélanie Klein – mes souvenirs d’Anna Freud sont lointains – il me semble souvent préférable d’aider les parents à être au mieux avec eux-mêmes, chacun, c'est donc à dire à aider leur enfant pour le coup, que de travailler avec un enfant sans que la « constellation familiale », de façon systémique et non systématique, ne s’interroge et sans culpabilité, tant soit peu. L’on sait combien il est difficile d’être soi, et l’on sait combien il est – par voie de conséquence ? – difficile d’être parent. Il me semble – mais je ne travaille certes pas en institution, avec des enfants abandonnés, ou psychotiques, mais « en ville » - qu’aider le parent dans son existence (et il ne s’agit pas ici, je le répète, d’insinuer d'emblée une quelconque faute éducative du parent) est un bon moyen, parmi d’autres, d’aider l’enfant, enfant toujours « éponge » des inconscients parentaux, des failles de leur désir et de celles grand'parentales.

Passé ce premier entretien, je propose à ces parents de m’amener leur petit(e). Je reçois alors l’enfant et le(s) parent(s), enfant à qui je dis que j’ai précédemment reçu le parent, et que celui-ci va aller dans la salle d’attente pendant que l’on commencera, l’enfant et moi, à faire connaissance. A se humer, en quelque sorte.
Dans ce premier entretien avec cette jeune personne, la conversation est brève ; je plaisante, je suis sérieux, je questionne sur la console de jeu, les prénoms des copines et copains, les rêves ou cauchemars, la fratrie, les manga, la téloche, etc., c’est à dire un discours le moins possible psychologisant (psycholo…-gisant). J’écoute, je regarde.

Puis faisant revenir de la salle d’attente le ou les parents, je dis à ceux-ci, devant l’enfant, non pas et surtout pas le contenu de la séance mais mon souhait de revoir, ou non, enfant, et/ou parents. L'enfant est invité à s'exprimer sur le sujet devant le parent.

J’ai souvent affaire à des enfants qui vont bien, et qui iraient mieux encore si le parent était moins angoissé, ou le corps enseignant, à l’école, moins épuisé ou las. Dans le premier cas, dans l'idéal, il me semble nécessaire de travailler avec le parent ; dans le second cas, c’est le soutien de l’enfant et de son narcissisme que je vise (non sans lui laisser ignorer la minimale capacité d’ « adaptation » qui lui est nécessaire pour qu’il ne s’en prenne pas plein la figure).

Mais ceci est un cas général ; dans les faits, je laisse primer mon intuition – la clinique avant la théorie – et tente de m’adapter à chaque « cas », avant de convoquer d’emblée Œdipe, stades de développement divers, position dépressive, schizoïde, nom-du-père et autres castrations symboliques, savoirs certes nécessaires, mais qui ne doivent cependant pas m'empêcher d’entendre. Donc et aussi, d'entendre ce qui de soi, vient déformer, amplifier, minorer le son de ce qu'il y aurait, de ce jeune autre (voire de ce jeune autre soi aujourd'hui cinquantenaire), à entendre.
A tenter d’entendre.

A bientôt,
FB
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