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Danse, chant, psychologie, inhibitions (et un raton laveur)

27/08/2006, 18:15 Signaler le sujet

Francis Bismuth

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Nous a rejoint: 14/10/2005, 14:04
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Danse, chant, psychologie, inhibitions
(cet article n’a pas, mais alors pas du tout prétention à quelque valeur scientifique. Il s’agit simplement de notes prises au hasard de modestes réflexions aoûtiennes).

A l’occasion du stage-festival DARC de Châteauroux (http://www.danses-darc.com/index.htm[…]/index.htm) voici quelques jours, je remarque combien de tensions psychologiques inconscientes se font jour :
- dans les comportements sociaux des stagiaires,
- dans leur expression artistique,
- au travers des dysfonctionnements et freins à cette expression.
Si la pratique artistique semble parfois dénuée de substrat (disons de causes) psychopathologique, elle vient parfois tenter d’apporter un soin à l’âme.

EN CHANT
Lors d’un cours de chant-jazz-improvisation, la « crispation », la tension intérieure déforment l’émission des notes (de musique). Larynx, cordes vocales, mâchoire de telle personne : tout est tendu, bloqué. Les évidentes capacités – ici vocales – de la personne sont entravées par… elle-même, involontairement.
Une autre, non pas par manque de rythme ou d’oreille, démarre sa partie chantée une fraction de seconde trop tôt. Ou tandis que nous sommes sept à tenir une note (une noire, une blanche, une ronde) puis à la stopper, l’un(e) d’entre nous continue à chanter une fraction de seconde de plus.
J’y vois plusieurs causes, j’y dénote plusieurs facteurs :
- Dans le premier cas (démarrage prématuré), le souci de « bien faire » semble mû par l’injonction inconsciente « sois parfait(e) », ou « Fais + » ou encore « Fais toujours mieux ». Il s’agit là pour le sujet de « ne-pas-commettre-de-faute ». Cette « injonction intérieure », inconsciente, crée une tension qui rend sourd au métronome, au tempo du piano qui nous donne le rythme, ou aux mimiques des autres chanteurs – préparation de l’inspiration, par exemple – qui renseigneraient le chanteur ou la chanteuse « pressée » sur le bon moment, l’exact instant du démarrage.
- Dans le second cas (la note tenue trop longtemps), différents traits inconscients :
1. Une telle centration sur soi (ego), qu’elle rend sourd et aveugle à l’autre (sourd ici au groupe des chanteurs, mais on retrouve ce problème de communication et d’écoute au sein des couples).
2. Le souci de faire entendre sa voix, pour qu’elle soit reconnue, identifiée. L’incertitude d’être aimé-aimable amène le chanteur à poursuivre au delà du temps pour que « le maître » (prof de chant), soit l’éducateur, c’est à dire un substitut de parent, l’entende, au milieu de la « fratrie » ; il s’agit de poursuivre la note soit en pensant « faire-plaisir-en-faisant-bien », soit encore pour que le maître dise « c’est bien. Bravo mon enfant », soit même pour que ce substitut symbolique de parent réprimande – mais cependant remarque, identifie la personne, même de s’être rendue « fautive ».
On remarque de telles attitudes, notamment à l’adolescence, au collège, lorsque l’élève va tenter de se faire identifier-aimer, en quête d’identité (déterminée pour partie par le regard de l’autre), quitte à ce que ce soit au prix de l’engueulade, de la sanction ; qu’importe puisque le bénéfice secondaire, c’est d’être reconnu, distingué, singularisé (comme auparavant, enfant, au sein de la fratrie). Le problème qui s’ensuit, faute de décrypter la cause de cette attitude scolairement préjudiciable, c’est que le jeune s’enferme dans ce seul moyen d’être reconnu, la petite voix intérieure disant « quand tu échoues, on s’occupe de toi, on te distingue. Tu compte alors pour les autres. Tu existes ». J’échoue, donc je suis.
3. L’auto-érotisme peut se révéler dans la trop longue tenue de cette note : le plaisir solitaire et narcissique d’entendre sa propre voix. D’en éprouver les vibrations.
4. Le sadisme et le masochisme : la trop longue tenue d’une note nuit à l’harmonie du chœur, de la production collective : une inconsciente volonté de »casse », héritée du sadisme primaire (habitant initialement tout un chacun). S’ensuit une réprimande (masochisme primaire, archaïque, avec les variantes possibles telles qu’évoquées par la psychanalyste Mélanie Klein au début du siècle dernier).

EN DANSE – comme probablement au théâtre, où sont conviées sur scène nos naturelles composantes hystériques – la psyché joue aussi son rôle et s’entrevoit.
1. Le narcissisme au premier chef. L’œil du danseur irrésistiblement attiré par le miroir qui lui fait face, au delà de la nécessité d’y vérifier l’exactitude du geste.
2. La dimension exhibitionniste, pas tant ni seulement sur la scène, durant la répétition de la chorégraphie, mais entre chaque moment de travail : la réitération de tel geste, au moment pourtant où le chorégraphe, le professeur, réclamait l’attention.
Au sortir du cours, à la cafétéria, dans le couloir, l’emphase et la dramaturgie du geste, la voix forte et les rires forcés du danseur. Ou alors, le danseur scrute s’il fait bien l’objet d’une attention qui, plus que nécessaire, semble parfois vitale : montrer / être vu.
3. L’impact sur muscles et articulations de l’état psychologique. Les tensions psychologiques vont, lors d’exercices simplement fatigants, occasionner claquage ou froissage de muscle, lumbagos, entorses, déplacements de vertèbres…

L’on pourra noter ici que la frontière entre normalité et anormalité, entre pathologique et sain, est fort ténue, voire absente.

Francis Bismuth


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24/11/2007, 07:18 Signaler

opale

Nous a rejoint: 21/02/2007, 09:45
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Bonjour,

Une brève qui n'a rien à voir avec la psychanalyse ou psyquelque chose et qui ne "servira" à rien directement mais enfin,je veux simplement déposer quelques lignes pour Maurice Béjart :cry: .Pas simplement un danseur, un chorégraphe mais un homme "riche", un "humaniste", une qualité qui va se raréfier sans doute pour laisser la place à une autre espèce....
Voilà, un portrait lui est consacré sur arte, pour ceux que ça intéresse.
BON WEEK END


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27/04/2008, 05:40 Signaler

Chocolatine

Nous a rejoint: 20/04/2008, 06:32
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Ce sujet m'intéresse et j'aimerai y amener un témoignage. Celui de l'expression de ma voix qui passe par le chant.
Depuis très jeune, la musique tient une grande place dans ma vie. J'ai pratiqué 2 instruments en plus de ma voix (car c'est aussi un instrument). J'ai fait partie de différentes chorales, j'aimais méler ma voix à celle de mes compagnons. Il y a 5 ans, j'ai pu intégrer un choeur de femmes, un choeur à voix égales et vivre une autre dimension, encore plus enrichissante que les précédentes. Mais il me manquait encore la dimension du cours individuel. J'ai franchi le cap il y a 2 ans et ce fût la porte ouverte à de profonds changements en moi. Car le chant est thérapeutique. Oui !
La voix passe par les émotions. S'il y a blocage (émotions refoulées), elle ne peut pas sortir pleinement.
Lorsque j'ai démarré ces cours de chant, je n'avais pas pensé que ma voix exprimait ces émotions refoulées. La 1ère année, ma prof de chant m'a d'abord fait prendre conscience de ça, puis elle m'a amené progressivement à les "verbaliser" à travers ma voix. A leur donner du son, de la mélodie, de la musicalité, bref, à les faire sortir de moi. Je "verbalisais" mes angoisses, mes peurs, mes rages même au travers d'improvisations.
Petit à petit ma voix de "petite fille" (qui a mal grandi) s'est transformée en voix de femme exprimant une féminité. La téciture de ma voix s'est transformée, la force de ma voix était enfin là et les harmoniques sortaient enfin. A cette période précise, qui correspond à la fin de cette 1ère année de cours, où cette voix de femme s'exprimait enfin, il s'est produit un évènement fortement traumatisant dans ma vie et qui m'a amenée à vivre cette séparation d'avec mon mari.
Concordance ? Je le pense oui ...
A partir de cette période, de cette révélation de ma nouvelle voix, je suis passée progressivement de l'acompagnement psychothérapique à la psychanalyse.
Cette 2è année de chant que je vis est encore plus libératrice que la 1ère.
Parce que se mèle une mentalisation de mes émotions, qui passe par l'analyse, et une expression de mes émotions, qui passe par le chant.

La voix du moi qui trouve une portée pour s'exprimer. Le tout (analyse et chant) participant à me révéler, à me faire renaître.

Chocolatine


Passé et présent se mélangent pour se souvenir de l'Avenir
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27/04/2008, 20:14 Signaler

makalu

Nous a rejoint: 24/04/2008, 17:33
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Bonsoir,

Pour ma part aussi la musique est un élément central de ma vie.
Et je me retrouve dans plusieurs des posts.
Tout d'abord lorsque Francis évoque les légers "décalages", problèmes d'écoute, problèmes de rythme...??
Ayant commencé une pratique musicale quand j'avais 8 ans, j'ai longtemps eu des gros problèmes de rythme. Plusieurs des professeurs que j'ai eu ne comprenaient pas et ont mis ça sur le compte du fait que je ne travaillais pas assez, ...jusqu'à ce qu'âgée de 19 ans, un de mes professeurs pense que j'étais arythmique.. (plus rien à faire donc....)
Parallèlement à ça j'étais une enfant très réservée, qui ne parlait pas en dehors du cercle familial...
La musique me permettait de vivre, de m'exprimer à minima. je me suis accrochée.
Jusqu'au jour, où, à 24 ans, j'ai commencé une thérapie et que j'ai eu suffisament confiance en ma psy pour lui livrer un secret trop lourd à porter seule et tout ce que je n'avais jamais osé exprimer.
Mes "problèmes de rythme"....se sont résolus d'eux même. Je pense que jouer devant mes professeurs, dans le souci de trop bien faire, m'empêchait de me laisser aller à la pulsation. Il faut un certain lâcher prise pour s'adapter à une pulsation qui vient de l'extérieur.
Maintenant je pratique trois instruments, j'utilise la musique dans mon métier et je ne pourrais pas vivre sans.
Quant à la voix, j'ai pris des cours de chant il y a quelques années mais je n'arrivais pas à dépasser certains blocages qui m'empêchaient d'utiliser ma voix. Ces derniers temps j'y pense souvent, j'aimerais essayer de reprendre une pratique vocale...


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01/04/2009, 18:51 Signaler

papillon

Nous a rejoint: 12/03/2009, 22:25
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Le chant et la musique ont toujours été importants pour moi. Même si je ne pratiquais pas d'instrument, j'aimais chanter pour moi-même, j'exprimais ainsi ma joie de vivre.
Curieusement mon ex compagnon n'aimait pas que je chante, il n'aimait pas ma voix non plus, ni finalement ce qui a trait à l'expression de soi.
Alors naturellement la première activité dans laquelle je me suis lancée après l'avoir quitté a été l'intégration d'une chorale. En chantant dans le choeur j'ai l'impression de m'exprimer, de me lâcher mais aussi de faire corps, d'être une partie d'un tout. J'aime ressentir cette force en moi, ressentir cette vibration. Parfois je l'avoue, je tiens la note un peu plus longtemps (juste un peu) afin de pouvoir entendre ma voix et me rassurer un peu sur sa mélodie. C'est peut-être de l'auto-érotisme, ou plutôt une tentative de guérir cette blessure narcissique...

Samedi c'était le premier concert auquel je devais participer. J'appréhendais beaucoup pour diverses raisons (méconnaissance de certaines chansons -je n'y suis que depuis 2 mois-, peur de me faire "remarquer"...) mais je voulais consciemment y aller. Mais mon inconscient en a décidé autrement. Je suis tombée malade la veille (rhume avec voix éraillée et toux), et suis rétablie depuis le lendemain ... N'est-ce pas ce qu'on appelle un acte manqué ? Preuve que tout est loin d'être réglé ...

Papillon


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15/06/2011, 10:48 Signaler

Francis Bismuth

Administrator
Nous a rejoint: 14/10/2005, 14:04
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Bonjour,
Complémentairement à l'article ci-dessus, celui d'aujourd'hui sur un thème voisin ("Danse et thérapie en clinique interculturelle") par ma consœur Sandra Verdrel.
C'est ici : http://sandra.verdrel.over-blog.com/arti[…]79931.html

A bientôt,
FB.


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