Il faut que je mette mon petit grain de sel dans cette histoire de TCC, quand même !
Je suis allé voir un psy(chiatre) spécialisé en tcc avant de commencer mon analyse (après avoir fait l'expérience de la thérapie en face à face). Pour essayer, quoi. Je pense qu'il était particulièrement mauvais, donc je n'impute pas ça aux TCC en particulier... Mais les discours qu'il m'a tenus me paraissaient pour le moins étranges. Des théories (intéressantes bien qu'un peu légères et un peu folklo) sur ce qui est "vital" (le cycle "désir, jouissance, tristesse") et "mortel" (le cycle "attente anxieuse, peur, soulagement"). Au bout de la troisième fois, je fus qualifié de "patient difficile", simplement parce que le stratagème qu'il m'avait donné pour affronter mon angoisse en voiture (à savoir, provoquer intérieurement l'angoisse, du genre "eh ben vas y, tue moi") ne fonctionnait pas. Evidemment, puisque pour moi c'était un stratagème et pas autre chose. Par contre la fois d'après, il me disait que je n'étais pas du tout "malade". Donc en gros entre deux séances, je passais du cas désespéré au bien portant qui n'avait rien à faire dans son cabinet. Son avis sur la psychanalyse, c'était que : "à force de remuer la merde, évidemment ça finit par puer" (sic - ceci dit il y a quand même une part de vérité là dedans). Pour lui, il ne servait à rien d'aller "fouiller dans le passé", l'important c'était d'aller mieux maintenant et dans le futur. Ce qui est louable, en fait. Mais je me suis dit qu'il ne savait pas ce qu'était une analyse, qui n'est pas du tout centrée sur le passé, ou en tout cas dont l'objectif (s'il y en a un) ni la pratique ne consistent en une simple "fouille du passé".
Ca, c'est pour mon expérience personnelle. Après, tout de même, je trouve qu'on en fait énormément sur le clivage TCC / psychanalyse alors que finalement beaucoup de choses se rejoignent ou tout du moins gagneraient à se compléter. Je ne suis pas sûr que l'analyse puisse guérir un agoraphobe qui ne peut plus sortir de chez lui depuis trente ans. Si cette personne veut un jour sortir de chez elle normalement à nouveau, elle devra absolument en passer par une exposition à sa peur, et s'habituer à nouveau à sortir, comme le préconisent les TCC. Mais évidemment, sans un travail de fond sur sa personnalité et sur l'angoisse qui sous tend ce symptôme, il est plus que probable que ce dernier se décale sur autre chose. Les deux approches sont en fait complémentaires.
Même les visions qu'elles ont de l'homme, au centre des débats hyper intéressants postés par Francis, ne me semblent pas si éloignées l'une de l'autre, en fait. Ce qu'on voit dans les débats, c'est d'un côté, les TCC et "l'homme machine / corps", de l'autre, l'analyse et "l'homme fiction / narration / pensée". Mais ces débats ne reflètent absolument pas la réalité de ces deux types de cure, qui en fait, révèlent toutes les deux la complexité et la complémentarité des liens entre le corps et l'esprit. La psychanalyse n'est PAS qu'une tentative de "refictionnaliser" un individu, de le réinscrire dans l'histoire de sa vie qu'il créerait lui même : c'est ça, certes, mais c'est aussi une découverte de ses affects dans ce qu'ils ont de plus physiques, de plus corporels, des liens entre la pensée, l'émotion et le corps. L'analyse n'est pas une rationalisation extrême ou une "fictionalisation" de l'individu, or c'est l'image que semblent en avoir les "TCC-istes".
De même, la TCC ne consiste pas à traiter l'homme comme un bout de viande qui réagit à des stimuli. Elle repose elle aussi sur la relation patient/thérapeute, sur des processus cognitifs, sur des visions et des représentations particulières de la vie, etc...
Au final, je trouve que les psys s'entredéchirent pour de mauvaises raisons, sur des fausses questions, certainement parce qu'avant tout, chacun essaie de prêcher pour sa chapelle et de préserver son espace (qu'il soit idéologique ou économique) ; ce qui importe, c'est bien que chaque patient / analysant / client y trouve ce qu'il y cherche, quoi que ce soit, et même s'il ne le sait pas lui même...
Ce n'est pas parce que ma vision de l'homme penche du côté de la psychanalyse que je dois condamner des thérapies qui ont une toute autre vision de l'homme (soi disant - ce n'est en fait pas vraiment le cas) ; on oublie trop vite que l'important là dedans, c'est le patient ! Inversement, ce n'est pas parce que je crois aux TCC que je dois condamner l'analyse. Ce débat n'apporte absolument rien aux premiers concernés qui sont les personnes qui souffrent.
Un dernier truc aussi qui me frappe, c'est que très souvent les critiques de la psychanalyse sont en fait des critiques très théoriques, du style "oui, l'inconscient en fait ça marche certainement pas comme ça" ; ou encore, comme on en voit un exemple dans les débats postés par Francis, "en fait l'enfant est conscient de lui même beaucoup plus tôt que ce que disait Freud ou machin chouette" ; et on se base sur ces données pour invalider la pratique psychanalytique, ce qui est en fait d'un tout autre registre ! Finalement, quand on fait une psychanalyse, peu importe que l'enfant ait envie de dévorer sa mère, ou qu'il se reconnaisse dans un miroir, ou qu'il aime les hochets parce que c'est phallique, ou qu'il chante des chansons paillardes en verlan : la pratique de l'analyse n'est pas la même chose que les savoirs théoriques qui la sous-tendent ou qui en découlent... Je sais pas pour vous, mais pour moi, jamais mon analyste ne m'a parlé de théorie durant mon analyse, jamais le cadre théorique n'est venu m'enfermer ou caractériser ou interpréter telle ou telle expérience faite en séance.