Restauration du lien social après épisode dépressif majeur
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10/02/2011, 19:58 |
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Je dois faire un exposé sur les difficultés ou améliorations des capacités au lien social après un épisode dépressif majeur (ne découlant pas d'une pathologie "chronique" ni d'un choc traumatique ponctuel)... Je précise que je n'attends pas de réponse pour l'exposé, car je n'ai pas le temps et c'est un exposé très superficiel. Mais du coup, je me pose beaucoup de questions. Mes camarades étudiants sont convaincus que la dépression détériore irrémédiablement les "aptitudes" sociales. Je suis d'accord sur le court - ou moyen-court - terme. Mais je suis bien placée pour savoir que le remaniement psychique offre de nouvelles potentialités. Il faut bien sûr se réapprivoiser, s'accoutumer à ses nouvelles attentes et réactions, avec au début de la peur et de la méfiance. Mais peu à peu... ne gagne-t-on pas en qualité ce qu'on perd en quantité ? J'ai emprunté un livre d'Yves Prigent : "L'expérience dépressive". Avec des titres de chapitre qui font saliver, comme :
- Cette "foi" n'est pas un lieu, une position, c'est l'acceptation de ne pas en avoir.
- Demander avec confiance le désir de l'autre, c'est l'aimer.
- Se laisser toucher tous les jours par quelque chose ou par quelqu'un.
- La capacité à être seul, le plaisir d'être soi.
Et bien d'autres... Je suis preneuse de toute réflexion, toute suggestion...

Il est probable que la meilleure réponse au vertige ne soit pas la crispation mais l'étonnement.
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11/02/2011, 05:26 |
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Laurence Je dois faire un exposé sur les difficultés ou améliorations des capacités au lien social après un épisode dépressif majeur (ne découlant pas d'une pathologie "chronique" ni d'un choc traumatique ponctuel)...(...). Mais du coup, je me pose beaucoup de questions.
(...)
Bonjour,
Laurence, j'aurais bien aimé connaitre les questions que vous vous posez afin de pouvoir tenter d'y répondre.
Quelques remarques. La "capacité" du lien social existe chez la personne de structure névrotique plongée dans un syndrome dépressif ; simplement cette capacité n'est-elle à ce moment pas exploitée puisqu'il y a justement et notamment dans la dépression et pour dire vite, un repli sur soi, et non une ouverture à l'autre.
Ensuite, il faudrait dans cet exposé que soit... exposé la définition que vous donnez d'"épisode dépressif" + "majeur" et le cas échéant, dans quel type de structure psychique : névrotique - vous et moi probablement - ou psychotique, ou perverse. En général, à l'université, comme vous le savez sans doute et sauf avec quelques rarissimes enseignants "éclairés", il faut répondre dans le sens où le prof l'attend : dans un cours sur le DSM III, répondre "à la manière DSM III" (DSM dont je ne développe pas ici l'approche principalement descriptive et quantitative - comme si pour parler d'un concerto de Mozart, on se basait sur le nombre de notes, de croches, de noires, de rondes, etc.) ; dans un cours sur Mélanie Klein, donc psychanalytique, répondre en fonction de l'œuvre de cette défricheuse (les positions alternativement dépressives, schizo-paranoïdes du jeune enfant), etc.. Je ne perdrais pas de vue, non plus, que pour spectaculaire que soit ce syndrome (ensemble de symptômes), il a sa source : les belles bleues et les belles rouges du feu d'artifice visible, trouvent leurs sources et dévoilent, à l'occasion fortuite d'un déclencheur - simple détonateur parfois, simple étincelle qui fait déborder le vase (à l'instar de la goutte qui met le feu aux poudres) - les composantes, la chimie et ses alliages de la fusée, et la façon dont ceux-ci furent initialement agencés. De même une coulée de boue ne se révèle-t-elle, sous les gouttes d'eau de trop, qu'en fonction du terrain et de ses modifications antérieures. Je constate dans ma (pratique) clinique où je ne reçois que rarissimement des personnes de structure psychotiques - au sens psychanalytique du terme - que lorsque le symptôme dépressif (symptôme qui comme quelque autre, a sa fonction) régresse, le lien social, généralement, se rétablit. Bref, à bientôt,
FB.
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11/02/2011, 16:49 |
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Nous a rejoint: 30/01/2011, 10:12
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Merci Francis, En fait, je ne me suis pas attardée sur l'exposé car, comme je l'ai dit, c'est plus un prétexte à recherche documentaire qu'à une véritable réflexion. Par exemple, la problématique précise retenue est, ouvrez les guillemets : "Au sortir d’un épisode dépressif majeur (1) circonstancié (2) mais non contextuel (3), l’individu récupère-t-il ses aptitudes au lien social ?" (1) Nécessitant une réponse médicale importante (suivi psychiatrique, psychothérapie, prescription d’antidépresseurs, voire hospitalisation). (2) Borné dans le temps, non lié à une pathologie chronique (trouble maniaco-dépressif, trouble de la personnalité…). (3) Il ne s’agit pas d’une dépression saisonnière, ni d’une dépression réactionnelle (après un événement traumatisant). L'enseignante ayant insisté pour que nous nous limitions aux "dépressions survenues sans raisons préexistantes" (la formulation me laisse rêveuse, comme si on chopait un virus qui passe... mais bon... il s'agit d'un travail orienté "expérimentation scientifique"). Pour ma part, et en dehors de ce travail, les questions que je me pose touchent à la dépression survenant chez une personne de structure névrotique. J'ai effectivement constaté (par moi-même, par les personnes croisées en thérapie ou en clinique, ainsi que par mes lectures) que les liens sociaux étaient terriblement mis à mal pendant la partie "dure" de la dépression. Mais ensuite ? lorsque le symptôme dépressif régresse, le lien social, généralement, se rétablit. Ça ne me semble pas si évident que ça. Ou alors c'est très long. Quel influence cette longueur a-t-elle sur les rechutes, sur un repli plus définitif ? Il y a aussi le poids des amitiés et illusions perdues, d'une certaine méfiance qui s'installe (envers les autres et surtout envers soi-même), de tellement de choses à recréer... Enfin, pour ma part, je trouve ça très difficile. Mais a contrario, le travail psychique est source d'un profond remaniement. Et il me semble qu'on est alors plus apte à des relations "vraies" (en accord avec soi-même, ou le plus possible). Ce qui constitue dans l'absolu une amélioration, un enrichissement, mais qui ne va pas sans difficultés.
Il est probable que la meilleure réponse au vertige ne soit pas la crispation mais l'étonnement.
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12/02/2011, 00:55 |
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Nous a rejoint: 04/07/2007, 22:37
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Bonsoir Laurence, Bonsoir Francis, bonsoir à vous, Laurence, Le sujet de votre exposé m'interpèle, m'interloque... Vous êtes étudiante apparemment : en psychologie ? Sinon quoi ?
Je trouve la formulation du sujet très réductrice au premier abord mais bon, ne nous laissons pas berner par son évidente étroitesse. Des "aptitudes au lien social" ;-)) qu'est-ce cela ? Des aptitudes à rencontrer du monde à participer à des activités de groupe, professionnelles, personnelles, affectives ? Mais vous savez peut-être que même dans des épisodes dépressifs majeurs, des individus peuvent sembler avoir ces "aptitudes au lien social". Sembler être très intégrés, très actifs, très "rien d'anormal" et hop, du jour au lendemain, la personne se suicide sans que quiconque n'ait suspecté le moindre signe... (Oui, c'est pas gai. c'est un cas extrême) Que sont ces "aptitudes au lien social" ? Laisser penser que l'on est bien intégré selon des critères communément admis comme étant les signes d'une intégration sociale (little parallèle au DSM de Francis): des activités communes, des sorties, des projets partagés qu'ils soient familiaux, professionnels...etc Ces "critères" d'intégration sont-ils valables pour chacun ? Qu'est ce qui prévaut ? La cohésion ? Ne pas déranger ? Etre politiquement correct ? Entrer dans le moule ? et/ou Etre soi ? Etre bien, en étant soi ? Peut-être que la question se trouve dans ce "et/ou". certes les 2 visions de sont pas forcément antinomiques mais pas toujours très cohérentes : l'émergence du sujet se fait dans l'enfer de l'altruisme. S'affranchir du regard d'autrui pour vivre en société ? Vivre en société c'est aussi vivre le regard d'autrui...
Y a t il des liens sociaux neutres, dénués d'affects conscients-inconscients ? Non Bon, je coupe court. Il est tard et je ne me sens pas la force d'ordonner ce vrac d'idées. Question intéressante. S'agissait-il d'un sujet d'exposé ?
Votre blog, bien écrit, rejoint cette question du lien social, non ? Bonne nuit. Nikaya
Condamnée à être libre
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12/02/2011, 04:17 |
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Bonjour Nik.,
Nikaya Le sujet de votre exposé m'interpèle, m'interloque... Vous êtes étudiante apparemment : en psychologie ? Sinon quoi ?
En effet, Laurence est en 3ème année de psycho ; elle nous l'a écrit ici en arrivant voici quelques jours :
http://www.psychologie-bismuth.com/forum[…]0-270.htmlA bientôt,
FB.
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12/02/2011, 10:20 |
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Nous a rejoint: 04/07/2007, 22:37
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Très bien, merci pour l'info Francis ;-) Laurence, sujet très intéressant à creuser, mêlant socio et psycho.
Aux éditions éres, j'affectionne particulièrement la Nouvelle Revue de Psychosociologie qui confronte les points de vue de différents "spécialistes" et disciplines. Bonne continuation, Nikaya
Condamnée à être libre
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12/02/2011, 12:14 |
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Nous a rejoint: 30/01/2011, 10:12
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Bonjour Nikaya, Francis Bismuth En effet, Laurence est en 3ème année de psycho
En 1ère année... ce qui explique le choix du sujet. J'avoue d'ailleurs qu'il ne me séduit pas car je savais d'avance que le traitement en serait frustrant. Mais il me faut aussi jouer le jeu. Je suis avec de jeunes étudiants qui n'ont aucune idée de tout cela. Le principal, c'est que j'en suis consciente et que je n'en souffre absolument pas. Je fais la part des choses. Ils ont au minimum cinq ans (et toute une vie) pour apprendre que tout cela est bien plus complexe. D'autant que bien peu feront le cursus jusqu'au bout. :roll: En revanche, le terme "d'aptitudes au lien social" ne me semble pas creux. Je ne le prends pas dans le sens d'aptitudes reconnues par l'extérieur, ou de critère du DSM, mais d'aptitudes pour soi-même. Si je prends mon exemple, c'est une réelle souffrance d'être confrontée à ces "blocages" sociaux. Je voudrais, j'aspirerais à nouer des relations, à échanger. Mais cela m'est encore impossible. Et c'est un point non négligeable puisqu'il est source de souffrance. Par exemple, récemment, j'ai refusé qu'une amie (une vraie amie) passe quelques jours chez moi. Pourtant je l'aime beaucoup et j'avais très envie de la voir. Mais il y avait cette idée de cohabitation quasi intolérable. C'est difficile à comprendre et c'est difficile à vivre. Cela fait très souvent l'objet de mes séances chez mon psychologue. Même si je suis de plus en plus souple avec tout ça. Dans certaines thérapies de groupes, j'ai souvent vu cela. Des personnes qui souffraient terriblement car elles étaient confrontées à ce choix : s'isoler et en souffrir énormément, ou rester dans le lien social et s'y perdre jusqu'au risque d'effondrement. Elles marchaient en équilibre sur ce fil, entre bouffées d'air frais et découragements. Et parfois, elles retournaient dans la dépression pour ne plus se heurter à ce mur. De la même manière, ce qui ressort souvent chez des personnes "allant mieux", c'est cette incompréhension des autres. Elles disent souvent "je ne les comprends pas", ce qui veut souvent tout autant dire "je ne me comprends pas", n'est-ce pas ? Il y a ce décalage entre la vie qui continue et soi, encore blessé, à vif, instable et effrayé. C'est donc un sujet qui m'intéresse, non pour cet exposé, mais pour comprendre ce qui sous-tend ces difficultés et ce qui peut être aidant. "Qu'est ce qui prévaut ?" Être au plus près de soi-même en tant qu'individu unique et irréductible mais aussi en tant qu'animal social. Il me semble... Merci pour l'info sur la revue de psychosociologie. 
Il est probable que la meilleure réponse au vertige ne soit pas la crispation mais l'étonnement.
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