Faire une psychothérapie : quelques illustrations.
Un adolescent d’une quinzaine d’années m’est amené par sa mère. Depuis quelques
semaines, il ne veut plus aller au lycée car il a peur de vomir, en public.
Quelques semaines de thérapie voient totalement disparaître cet « empêchement
» où se trouvait le jeune adulte. Au cours de nos discussions, assis face
à face, tandis qu’il m’évoque peu à peu ses désirs de faire l’amour avec
sa petite amie, il établit des liens entre d’anciens désirs incestueux –
inconscients et refoulés, courants chez tout individu « normal » - et ses
désirs actuels. Ces désirs infantiles sont marqués du dégoût, de la même
façon que l’émission de sperme est assimilée à l’émission de vomi. Cette
problématique de salir-être sali mise à jour, le symptôme «peur-de-sortir/peur-de-vomir»
disparaît.

Un homme d’une quarantaine d’années à peine vient consulter au prétexte
qu’il ne parvient plus à l’érection avec la femme qu’il aime et désire.
Nous découvrons au fil des semaines, avec tous les nécessaires détours («
s’attaquer » directement au symptôme, en règle générale, ne résout pas le
problème) que la question se situe plus dans la crainte d’échouer – voire
dans
le désir inconscient d’échouer – que dans le fonctionnement
de son appareil sexuel. Il se ré-autorise la masturbation, il parvient à
rompre le cercle suivant : « je ne fais pas d’avances à ma compagne car
je crains de ne pas la satisfaire / Elle ne lui fait plus d’avance car craint
de le mettre en situation d’échec », processus qui mettait en place une
complicité involontaire et tacite, dans l’abstinence. Le patient interrompt
sa thérapie après avoir refait l’amour avec sa compagne, malgré mon opposition
à cesser les séances du fait que nombre de problèmes non réglés se sont
fait jour et qu’une psychanalyse s’amorçait, aux effets peut-être plus durables.

Par procuration : un garçon de 5 ans est très agité en classe (ce qui ne
me paraît pas dans ce cas relever de la psychothérapie, mais d’une bonne
santé de l’enfant et d’un raz le bol passager ou durable de la maîtresse
ou du maître d'école pour son métier). Sa mère très angoissée. Je
joue sur le tapis avec l’enfant à quelques jeux de son age. Je rappelle
à l’occasion les règles, mais y mets de la souplesse. Lorsqu’elle m’amène
son fils puis le reprends, je fais exprès d’échanger quelques mots avec
elle, lui faisant sentir que je la sens bien, son angoisse à elle et que
non, elle n’est pas une mauvaise mère et que non : l’enfant n’a pas besoin
d’être un futur polytechnicien pour être heureux et être aimé. C’est la
mère que je contribue à faire évoluer, tandis que l’enfant trouve avec moi
des moments de tranquillité dénués de jugement et d’attentes normatives.
Le suivi de l’enfant, voire du couple mère-enfant et de l’ensemble de la
cellule familiale dure quelques mois et s’achève tranquillement (Nota :
le dessin reproduit ici est celui d'un autre jeune patient).
Une jeune femme, 39 ans, n’a quasiment pas de vie sexuelle avec les hommes,
ni avec les femmes. Le cadre psychothérapeutique s’avèrera un étai qui lui
permet de s’autoriser à se penser homosexuelle. Notre travail, à raison
de deux séances hebdomadaires, s’arrête au bout de deux ans lorsqu’elle
quitte la maison familiale, se prend un appartement pour elle seule, sans
ascendant ni fratrie, et qu’elle commence à rechercher une première compagne.
Elle est devenue entre-temps actrice de la vie sociale de l’entreprise ou
elle travaille, accepte mieux le corps de femme qui est le sien.
Elle a changé.
(voir aussi les pages "FORUM
PSY, nouveaux textes, infos, discussions")