Faire une psychothérapie : quelques illustrations.

Un adolescent d’une quinzaine d’années m’est amené par sa mère. Depuis quelques
semaines, il ne veut plus aller au lycée car il a peur de vomir, en public.
Quelques semaines de thérapie voient totalement disparaître cet « empêchement
» où se trouvait le jeune adulte. Au cours de nos discussions, assis face
à face, tandis qu’il m’évoque peu à peu ses désirs de faire l’amour avec
sa petite amie, il établit des liens entre d’anciens désirs incestueux –
inconscients et refoulés, courants chez tout individu « normal » - et ses
désirs actuels. Ces désirs infantiles sont marqués du dégoût, de la même
façon que l’émission de sperme est assimilée à l’émission de vomi. Cette
problématique de salir-être sali mise à jour, le symptôme «peur-de-sortir/peur-de-vomir»
disparaît.
La dépression de Marlène. "J'ai tout pour être heureuse" : tels sont les premiers mots de cette femme qu'une profonde dépression surprend à l'orée de la quarantaine. Heureuse avec son époux, avec ses deux enfants, dans son travail. Depuis trois mois, me dit-elle, elle n'a plus envie de rien, dort peu, mange peu, se force à vivre. Durant toute son enfance, elle avait admiré comme rarement sa mère alcoolique qu'elle a dans le même temps soutenu, materné. Quinze ans qu'elle ne l'a pas vue, cette mère s'étant avérée malfaisante et destructrice dans sa propre autodestruction. Et soudain, la dépression se déclenche. Quelques mois plus tard, la mère menacée d'être mise à la porte par le second époux, Marlène se décide à aller la voir dans le sud de la France et la fait hospitaliser, l'alcool à outrance ayant fait son œuvre de délabrement physique. Elle tente alors "tout" pour cette mère, mais sans compromission. Ses efforts restent vains et elle peut enfin se résoudre à commencer à faire tant le deuil de celle-ci dont l'image idéale et mortifère la hantait, que celui d'une relation mère-fille fantasmée. Notre travail aura duré un an, auquel nous mettons fin quelques semaines après son retour en Ile de France.

Une jeune femme, 39 ans, n’a quasiment pas de vie sexuelle avec les hommes,
ni avec les femmes. Le cadre psychothérapeutique s’avèrera un étai qui lui
permet de s’autoriser à se penser homosexuelle. Notre travail, à raison
de deux séances hebdomadaires, s’arrête au bout de deux ans lorsqu’elle
quitte la maison familiale, se prend un appartement pour elle seule, sans
ascendant ni fratrie, et qu’elle commence à rechercher une première compagne.
Elle est devenue entre-temps actrice de la vie sociale de l’entreprise ou
elle travaille, accepte mieux le corps de femme qui est le sien.
Elle a changé.
(voir aussi les pages "FORUM PSY, nouveaux textes, infos, discussions")